936 HISTOIRE SOCIALISTE platement rapetissa ses amis pour pouvoir railler !'Empereur. Vanité sans dignilé et intrigue sans grandeur )fais Brissot, en qui une fumée de puéril orgueil a un moment suspendu et obscurci la pensée politique, ne tarde pas à comprendre que de la journée du i" mars il peut tirer un double parti. Il peut aigrir les susceptibilités nationales et exaspérer les nerfs du peuple en disant que !'Empereur a \'Oulu se mêler de nos affaires et que sa réponse ambiguë laisse subsister les incertitudes épuisantes. li peut anssi, en frappant Delessart, désorganiser le minislère,Aterroriser la Cour et la mettre enfin sous la tutelle de la Gironde. 11écrit, le samedi, 3 mars, à pr0pos de la séance du soir du 1", de celle où Rouyer parla : • On avait eu le ll>mµsde réfléchir sur ia farce diplomatique jouée le matin, et l'on avait cru s'apercevoir qu'un des principaux acteurs en était maintenant le souroeur : c'était M. Lessart, etil a été formellement dénoncé par M. Rouyer. M. Charlier a appuyé la dénonciation. et il a pensé qu'il y avait lieu à déclarer que le ministre avait perdu la confiance de la nation. Le Comité diplomalique a été chargé d'examiner la note confidentielle de M. Lessart à notre ambassadeur à Vienne, note qu'on peut regarder comme le nœud de cette intrigue épistolaire. Au reste, la pièce va être imprimée, et l'on sera à portée de juger par la comparaison si les lettre$ et les réponses ne sortent pas de la même plume. • llrissot va se recueillir pendant quelques jours et préparer le réquisitoire qui, en frappant Delessart, disloquera le ministère modéré et ouvrira à la Gironde le pouvoir ministériel. Devant celte tactique, l'intérêt évident du roi était de maintenir son ministère uni, de défendre Delessart, de garder Narbonne et de dire que l'un des deux lllinistres représentait la politique de paix, rautre la vigilance guerrière. Mais le ministère était disloqué du dedans par le conflit sourd de Delessart et de Narbonne, surtout par le conflit aigu de Narbonne et du réactionnaire Bertrand. Celui-ci, très attaqué dans l'Assemblée, était exaspéré des manœuvres de popularité de Narbonne. Narbonne a!Tectaitune grande prévenance pour les comités de la Légi~lative que Bertrand dédaignait. Le ministre de la marine se plaignait que Narbonne le fit attaquer dans les journaux jacobins. Et il est vrai que si le journal de Brissot, dans les premières journées de mars attaque assez souvent Narbonne, c'est toujours avec un extrême ménagement, et la Chronique de Condorcet le loue souvent. !- Mais le roi n'avait confiance qu'en Bertrand, et celui-ci s'insinuait tous les jours plus avant dans la confiance de Louis XVI el lui rendait même des services privés, en lui procurant de la monnaie d'or, que le roi préférait aux assignats, par un prélèvement frauduleux sur la caisse de la marine,, Narbonne se sentit menacé. Il demanda aux généraux qu'il avail nommés:
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