Jean Jaurès - La Législative : 1791-1792

HISTOIRE SOCIALISTE !131 cain, c'est-à-dire le dessein formé de surc.,ciler la politique intérieure par la guerre extérieure, l'empereur voulait avertir le roi et la reine qu'ils avaient bien lorl de jouer avec le feu. El il ju,liflail ainsi devant le monde, s~s propres lenteurs, les hésitations et la prudence qui lui ôtaient si violemment reprochées par lts intransigeants de l'émi~ralion el de la monarchie. La paix restait donc possible, mais à une condition: c'est que la France révolutionnaire eO.l à ce moment l'esprit as,ez lucide rl assez ferme pour bien voir toute la vérité. li aurait fallu qu"un ministre des allaires étranl(~res ptlt donner à l"Assemblée, à son comité diplomalique, la preuve qu'en effet l'empereurvoulailla paix el résistait à la Cour. li aurait lallu que le comité diplomatiqull el l'Assemblée puissent avoir confiance en ce ministre. Or, tout était trouble, faux, débile, dans cette tri-le incubation de la guerre; tout était mensouge, trahison, duplicité, habileté basse, calcul sotirnois dans les partis. Le roi el la reine trahissaient. lis trahissaient crniquement, mais •~ns e,pril de suite; tantôt ils redoutaient la guerre, tantôt ils la souhaitaient, mais pour se sauwr plus ,0remeol par l'appui de l'étranger. Les andens constituants qui ,oulaienl la Con.lilulion el la paix étaient enragt 1s dans de louches négociations avec la Cour: ils acceptaient de faire passer à l'empereur leur 1némoire diplomatique par les mains de la reine, dont il est impos,ible que la loyauté ne leur rot pas suspecte. Les Girondins intriguaient et cherchaient à su-citer la itnerre par surprise. Ils tournaient autour de la Royauté d'un cœur hésil1nl el fourbe, rêvant parfois de la remer,er dans une grande cri-e e,téricure, mais se ré.enant aus,i de s'installer en elle, comme des vainqueurs dans une antique maison, et de com rir leur puissance ministérielle du prestige de la vieille monarchie. Robespierre enfin, qui n'aurait pu détourner les esprits de la fascination extérieure que par un grand e!Tort de ré,·olnlion intérieure, se bornait à montrer les Tuileries d'un geste ,·ague el limi,le. La France de la l\évolulion était admir.,ble, hier, quand elle proclamait les Droits de l'llomme, sa loi sublime dans la rai,on, la liberté cl la paix. Elle sera admirable, demain, quand elle défendra la l\éYolution menacée, l'a,·enir du monde contre lïnlernale conspiration de toutes les tyrannies. liais, dans celle période de prér·aration obscure el sournoise de la guerre, tout serait triste et b..1ssi on ne sentait parfois du cœur profond du peuple monter la sublime espérance de l'universelle libération des hommes et ou héroique défi à toutes les paissances de la morl L'Assemblée entendit avec malai.e toutes ·ces communications. Un moment, elle se laissa aller à applaudir Dele••arl: mais le mécontentement éclat, vite. De suite, à la séance du soir, Rouyer dénonça ce qu'il croyait être la connivence de l'empereur el du ministre: • Je pourrais vous dire, s'écria-t-ii, que le comité diplomatique lui-même, lorsque le ministre Delessart lui communiqua ces réponses insidieuses, lui a ri au nez en lui disant: • c'i'avez-,·ous

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