Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

lllSTOrnE SOCIAL!S1'E 703 celte lutte, devant les eITroyables périls qui les menacent de tous côtés, la reine et le roi se prennent à pleurer. En ce moment, on apporte le Dauphin, soit pour qu"il embrasse son père et sa mère avant de se coucher, soit parce que la reine, en une objurgation suprême veut invoquer le droit de son jeune !il, à la couronne, à la royauté entière et superbe, et animer ainsi à la batnill~ contre la Révolution l'ilme flottante et faible du roi. L'enfant surpris et eITrayé de toute cette agitation et de ces larme~ jette des cris: le roi, d'uu pas pesant que perçoit !"invisible écouteuse, remmène pour le consoler et la femme repart, en se disant: Ils n'ont pu celle fois en avoir raison. Mais l'idée de la fuite organisée la hante, l'idée aussi de la violence méditée contre le roi, et quand, descendue à onze heures, avec la roule des gens de service, par l'escalier même que prendront bientôt le roi el la reine, elle croise dans la nuil obscure et cou,erte les patrouilles de la garde nationale qui vont el viennent autour des Tuileries el dans les Champs-Elysées, elle s'imagine que ces gardes nationaux sont des complices, quïls sont là pour l'enlèvement projeté; à peine rentrée, elle le conte à son amant, qui va, lui, le raconter à Marat le lendemain. C'est d'une absolue vraisemblance el l'étrange serait que dans celle longue préparation de fuite, les pauvres gens du peuple qui ,enaient au château n·eussent saisi aucune incjiscrélion ou aucun éclat de voix, aucun sanglot. Ln force de Marat, ,a puissance prophétique, c'était de ne point rejeter ces communications populaires, malgré l'en,eloppe de fables qui coul'rait som·ent la vérité. Mais ce qu'il y a de particulièrement curieux. c'est qu'il est possible, par les billets de Fersen, cle comprendre ce qni le 28 mai 1791 a passionné la famille royale et exalté la conversation jusqu·aux larmes. Le 26 mai, le comte de Fersen écrit au marquis de Bouillé : « Le roi approuve la roule, et elle sera fixée, telle que vous l'a\"ez envoyée; on s·occupe de, /:ardes du corps. Je vous envoie, par la diligence de demain ou mardi, dans du taffetas blanc el à l'a,lresse de .lli. de Conlades un million en a,,ignats; 11011, en avons quatre, dont un hors ùu royaume. Le roi veut pa1'/i1·dans les huit premiers jours de juin, car, à celle époque il doit recevoir deux millions cle la liste civile• et LE 29 MAI 1791, c'est-à-dire le lendemain de la soir6e où !'écouteuse du peuple avait entendu un orage de querelles et de pleurs, Fersen écrit à Bouillé: « Le départ est fixé au 12 du mois prochain. Tout était prêt, et on serait pa,·ti le 6 ou le 7, mais on ne ·doit recevoir les deux millions que le 7 ou le 8 et il y a d'ailleurs auprès du Dauphin une femme de chamb,·e très démocrate, qui ne quitte que le 11. On prendra la dernière route indiquée. Je n'accompagnerai pas le roi, ;f n'a pas voulu •· A ce changement de date, l'inquiétude et l'agitation de Louis XVI durent être très grandes. Quoi t il suffit du retard d"un jour dans le paiement de la liste civile, il suffit même d'une femme de chambre aux intentions suspectes

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