Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE 699 ressemeot soil contagieux el que le Roi se relire rnns regret de son absolutisme de jadis, puisque. la grande Assemblée ré,.:,lulionnairc se retire ellemême de son pouvoir légal. Or, tout à coup, sur l'Assemblée ainsi obstinée à réconcilier la Révolution et le roi éclate la foudroyante nouvelle: • Le roi esl parti, et sa fuite est sans doute le signal de la lutte ouverte, violente, de la puissance royale contre la R6rnlulion •· Le roi, en effet, avait quillé les Tuileries dans la nuit du 20 join, pour se rendre avec sa famille à Montmédy, près de la frontière, où Bouillé èevait le rejoindre. C'est à onze heures du soir que la famille royale avait Cui. Fersen lui avail procuré un passeport au nom de la baronne de Korfî. C'est Mm• de Tourzel, gouvernante des enfants, qui figurait la baronne. La reine, voyageant comme gouvernante, devait être )Jm• Rocher, )lm• Élisabeth devenait Ro,alie, demoiselle de compagnie et le roi était un valet de chambre du nom de Durand, avec habit gris et perruque. Ils purent sortir sans être reconnus. lis montèrent dans une première voiture que Fersen, habillé en cocher, conduisit jusqu'à Bond)·. Là, ils prirent une vaste berline, que conduisaient trois jeunes gardes du corps, portant le costume jaune des courriers ; ils devaient gagner Montmédy par CMlons-sur-)larne el Sainle-Ménébould. Fersen après les aYoir qui liés, alla tout droit vers la Belgique et de )Ions, le 2'2juin, à ii heures du malin, il écrivil au baron de Taube: • Mon cher ami, le roi, la reine, )lm• Éfüabeth, le Dauphin el Madame (la jeune sœur du Dauphin), sont sorlis de Paris à minuit; je les ai accompagnés jusqu'à Bondy, sans accident. Je pars dans ce moment pour aller les joindre. • Un peu plus lôt, à 8 heures du matin, il avait écrit à son père: • J'arrive ici dans l'instant, mon cher père. Le roi el toute la famille sont sortis de Paris heureusement le 20, à minuit. Je les ai conduits jusqu'à la première poste. Dieu veuille que le reste de leur, oyage soit aus,-i heureux. J'attends ici Monsieur à touLmoment. Je continuerai ensuite ma route le long de la frontière, pour joindre le roi à Montmédy, s'il e,;l assez heureux pour y arriver. » Comment cette fuite du roi cl de toute rn famille fut-elle possible? Ils sortirent par un escalier de service, donnant sur la cour des princes el, confondus a,·ec les nombreuses personnes qui, à celte heure, sortaient du château, ils ne furent 1-oint reconnu,. Mais comment la surveillance ne lut-elle pas plus exacte? Les avertissements pourtant, depuis des semai11es et des mois, ne faisaienLpas défant. J'ai déjà noté les avis singulièremenl précis de Marat à la fin de mars et au commencemenL d'avril: il n'avail pas cessé depuis. A vrai dire, fai beau chercher dans la collection de l'Ami du Peuple, l'arlicle « foudroyant » dont parle Louis Blanc. Je ne parvir,ns pas à Je décounir. En tout cas, il ne pourrait être des dernières semaines, puisque, d'après Louis Blanc, il renferme ces mots: • Parisiens, insensés Parisiens, je suis las

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