Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

G70 IIISTOIRE SOCIALISTE après, au commencement de février, et avant même que l'alerle du 28 février puis;e fournir au Roi un semblant d'excuse, des négociations sonl engagl•es, des combinai~ons sont poussées, pour écra~er la Conslilution sous le poids des armes étrangères. Perfidie, mensonge, trahison. Le peuple immuablement se méfiait: et après la journée du 28 février Marat redouble de zèle et de colère à lui prêcher la vigilance, à dénoncer les préparatifs de fuite. Il s'indigne que la municipalilé fasse chanter un Te Deum pour le rétablissement du Roi. « C'esl une chose bien étrange, écrit-il le 20 mars, que le zèle fervent de la municipalilé parisienne à sacrifier le bien des pauvres pour faire chanter un Te Deum, en actions de g, àces de l'heureux retour de l'appétit qu·a, ait fait perdre au Roi une violente indigestion causée par le déplaisir de voir bous piller sous ses yeux la noire bande des conspireurs: a-t-elle ordonné un Te Deum et des illuminations pour l'heureuse découverte de la conspiration qui clcvail éclater le 28 l'é,rier el qui aurait infailliblemenl plongé la France dans les horreurs de la guerre civile? • JI revient à la charge le 28 mars, el comme d'habitude, il mêle à des accurntions, à de, dénonciations ra,sionnées el fausses des vues étrangement perçantes. li se trompait à fond quand il accusait Bailly el Lafayelle ( condamné à morl par la Cour) de préparer l'évasion du Roi: mais il devi1lail, toul en lui donnanl des proportions qu'elle n'avait I as encore, l'inlrigue nouée avec l'élranger: • La cour, les ministres, les pères conscrils, le général, l'élal-major el les municipaux ne cherchent qu'à pousser le peuple à lïnsurreclion afin d'ayoir un prélexle de publier la loi martiale el d'égorger les bons citoyens. El cc moment n'est pas éloigné. • Une armée ennemie de 80,000 hommes campe sur nos frontières, presqu'entièrement dr'garnies de troupes françaises, el où le peu de ré_qùnn1ts étrangers qui s'y trouvent en gamison ont ordre de livi·er passage aux Autrichiens. • Les gardes nationaux des départements, qui pourraient leur disputer l'entrée dans le royaume sont sans armes, sans munitions et soumis à des directoires totalement composés de supp~ts de l'ancien régime. • • A l'instant que la famille royale sera enlevée, l'ennemi s'avancera vers Paris, où l'AssemiJlée nalionale el la municipalilé lrallresse proclameront la rnumission au monarque. Une parlie de la garde nalionale, les alguazil~ à chc,al, les chasseurs des barrières, les gardes des porls, el quarante mille brigands cachés sous nos murs se joindront au~ conspiraleurs pour égorger le peupie ; el les amis de la liberlé sans armes, sans argent, seraient forcés de se souull'llre à l'esclavage pour échapper à la mort. • • Ces scènes d'horreur commenceront dès que le Roi, sa femme et son fils auront pris la fuite: ainsi c'en esl fait de nous pour toujours •si nous les lais-

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