578 HISTOIRE SOCIALISTE qu'ils auraient élé à la tète du nouveau gouvernement, si la cause de la liberté avait triomphé el s'ils l'eussent épousée de bon11efoi •· Ainsi, en ses flollan les pensées, Marat, bien loin de concevoir l'avènement de la classe populaire comme l'effet naturel de la Révolution, con,Lale au contraire qu'il ne tenait qu'à la bourgeoisie de robe et de finance, assis ,e d'un clergé sincèrement constitutionnel, de prendre la direction de la ,ocP16 révolutionnaire. On dirait qu'il n'appelle les prolétaires à la rescousse que par dése,poir de voir le plan normal de la Révolution troublé par l'imbécillité de la bourgeoisie modérée plus encore que par son égoisme. JI a pourtant le sentiment très réel qu'en appelant ainsi les prolétaires à Jouer dans la lutte contre la Cour le rôle déserté, selon lui, par la bourgeoisie, il doit offrir à la classe populaire des avantages immédL,ts: el il y a dans l'esprit de Marat, un effort de politique sociale. Mais combien sont vJincs et parfois réactionnaires, les conceptions de Marat! Non sans intérêt pourtant 1 car elles sont un premier essai impuissant et confus de politique ou1Ti~re. Marat, dans le cours de l'an11ée 1701, propose au profit des travailleurs quatre réformes principales: 1' Une réorganisation de l'apprentissage et un s.yslème de subvention aux ouvriers les plus intelligents pour qu'ils puissent devenir maitres. 2• Le licenciement des ateliers publics el leur remplacement par de vastes entreprises privées occupant les ouvriers dans des conditions plus normale;; 3' La formation de coopératives ouvrières de production avec tontine; 4' La réunion des parcelles rurales en corps d'exploitation homogène, et en m,;me temps la did,ion des grands fermages en petits fermages. Quand l'Assemblée, en mars 1791, abolit les jurandes et les m-11lrises et proclama 11liberté absolue du travail sous la réserve de l'impôt des patentes, Marat ne vit pas que la suppression complète du régime corporatif d~.à bien entamé allait donner un essor nouveau à la production capitaliste et bourgeoise, el à la grande manufacture. Il ne vil pas qu'il y avait là dans l'ordre économique une période nécessaire el il s'efforça, dans un esprit a,sez rétrogra•le, de retenir rlu régime corporatif tout ce qui pouvait encore en être sauvé. Il écrit le 16 mai : • Lorsque chaque ouvrier peut travailler pour son compte, il cesse de vouloir travailler pour le compte des autres; dè; lors pfo, d'ateliers, plus de manufactures, plus de commerce. » « Le premier effet de ces décrets insensés est d'appauvrir l'Etat, en(aiJant tomber les manufactures el le commerce; le secon,l effet e.st de ruiner les consommateurs en dépenses éternelles et de perdre les arts eux-mêmes. IJaus chaque état qui n'a pas la gloire pour mobile, si, du désir de faire fortune on Ote le désir d'établir sa réputation, adieu la bonne foi; l>ieutôl toute profession, tout trafic dégénère en intrigue et en friponnerie. Comme il ne s',,gil plus alors que de placer ses ouvrages et ses marchandises, li ,utllt de lrur
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