Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

400 IIJS1'O1RE SOCIALISTE vendue. C'esl là sans doute l'avantage décisif qui déterminail Talleyrand; cl c·c,t pourquoi aussi l'abbé )Jaury s'éleva avec violence, contre la motion de l'évêque d'Autun. Il l'accusa insolemment d'être le complice d'un coup de Dourse cl de chercher simplement à relever le cours des créances. Au fond, l'opération de 'l'alleyrand aurait rendu inutile la création de nouveaux assignats; mais peul-êlre eîll-elle discrédilé les assignats privés ainsi du gage exclusif qui faisait leur valeur. Talleyrand ne cachait pas que son opération avait pour but, non ,culcmenl de hâter la vente des biens nationaux, mais aussi de relever le crédit de !'Étal, en faisant des créances sur l'État un moyen direct el privilégié d'acheter les domaines mis en venle. Mais il ne cachait pas non plus que sa motion a1ait pour objet de transmettre les biens d'Église à la bourgeoisie riche créancière de la nation. Bien loin de désirer comme la majorité de l'Assemblée, la multiplication des petit, propriétaires pauvres il souhaitait, dans l'intérêt de l'agriculture, que les domaines nationau, fussent acquis par des propriétaires riches ca1>ables d'améliorer les fond, par des dupenses productives : « Qui peul douter disait-il, qu'il ne soit très avantageux pour l'agriculture que les campagnes soient le plus possible habitées par des propriétaires aisés? El lor,que les administrateurs doivent être pris dans les campagnes, n'est-ce pas un nouveau motif pour y répandre des hommes à qui leur aisance et leur éducation auraient donné du goùt pour l'élude, de l'aptitude au travail el des lumières à répandre?• Ainsi il se préoccupait, en cédant les terres à la bourgeoisie créancière, de constituer dans les campagnes aussi bien pour la direclion politique que pour le progrès économique, de solides cadre, bourgeois. L'Assemblée n'entra pas dans ces vues; et elle réserva au, assignats l'hypothèque des biens nalionaux. )lais elle ne larda pas à voir que toutes ces velléités de démocratie étaient peu conciliables avec la nécessité de payer Yite les créanciers publics. El en novembre 1790, elle réduisit à quatre ans et demi le délai de douze années accordé par le décret de mai pour le règlement des biens nationanx. De plus, elle dut recommander aux municipalités ùe ne pas morceler les corps de ferme mis en vente. Comma, l'avait prévu Polverel, dans le vigoureux discours que j'ai cité toul au début, c'est du côté de la bourgeoisie, de la richesse mobilière qu'inclinaient forcément les l'entes. Quelle ful en l'ail la répartition sociale des biens nationaux? On ne pourra e dire avec une entière cerlilude tanl que les regislresde vente n'auront pas été dans tous les départements, explorés et analysés. J'ai consulté plusieurs documents : le bref relevé fait par M. Guillemaut dans son histoire de la Révolution, dans le Louhannais; l'intéressante élude de Loutchisky sur la vente des biens nationaux dans le Laonnais el le 'l'arasconnais; celle de ~I. Boris Minzès sur les ventes en Seine-el-Oise; l'étude de Legeay sur les biens natio-

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