Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

4ï0 HISTOIRE SOCIALISTE de la nation, le grand orateur avail sur celle queslion gardé le silence. Comme il le dil lui-même à l'Assemblée, il n·avail pu prendre un parti sur le meilleur ,ystème à adopler: mais mainlenanl l'expérience élail faite: maintenant il H1il démontré que la première émission d'assignats, si insumsanle qu·elle fût, avait ranimé la circulation el les alTaires : el. il fa llait élargir rémi,,ion: il fallait lui donner toute l"étendue des besoins. Qu'on ne craigne pas un excès de numéraire flclif: l'activité de la France pourra absorb er un océan d'assi!(nals comme la terre aride ab orbe l'eau. JI n'y a plus à hésil•!r entre les deux systèmes de l'assignat billet d"Elal el portant inlérèl el cle l'assignat monnaie. AYec la va,te émiss ion qui esl nécessaire, c·esl à rassignal monnaie el sans inlérêl qu'il faul recourir. Altacher un inlérêl à ra,signat, au momenl où on va créer des milliards d'assignats c·csl accabler le peuple d'une charge immense. C'est de plus faire de l'assignat un titre de créance, une monnaie limitée qui ne circulera qu'en un pelil nombre de mains. L'assigoal d oil être la monnaie de tous, comme la Rérolulion doil être la chose de to us. Donner cours forcé de monnaie, sans inlérêl, à des milliards d'assignats, mellre aux mains de tous, par une circulalion aisée el immense, un papier q ui n·aura de ,aleur que si la vente des biens d"F.glisc s'opère el si la Révolution triomphe, c'est intéresser toul Je peuple, loul le pays, au succès de la venle el à la ricloire de la llél'olulion. L'A,scmblée, qui ne demandai l qu'à être rassurée el à rassurer la France, Yota l'impression du discours de Mirabeau, un des plus puissan ts, un des plus efficaces qui aient été prononcés clans l'hisloi re: car, s'il esl vrai que la néce,~ilé toute seule eùl acculé la Rovolution à la grande mesure proposée par llirabeau, il est vrai aussi que celle mesure avait cl'aulanl plus de chances cle succès qu'elle élail décrélée al'ec plus de confiance el d'enth ousiasme: el )lirabeau sut émouvoir si puissamment la passion révolutio nnaire que J'as,ignal porta, en lui, dès ce jour, comme une force de crédit inc omparable, l'âme même de la Révolution. Le senice d'enlralnemenl el de passion rendu ainsi par ~lirabe au à la France incertaine ne peul êlre mis assez haut. On mesurera les di fflcullés qui étaient à vaincre, les doutes el les résistances qu'il fallail emporter quand o n saura que même après le di~cours de Mirabeau, de grands esprits , de grands saranls comme Condorcet el Lavoisier, comballirenl encore l'ass ignat monnaie. Condorcet, en un beau mémoire attristé, déplora que le grand o rateur, si pénétré jusque là des principes • conserrnleurs » de la Société, el si opposé à toute banqueroute e0l proposé une mesure qui élail une ban queroute di•simulée. :S'était-ce point en elTel faire banqueroute aux créanciers de l'Elal que de remplacer en leur main un litre portant iulérêl par un assigna t qui n'en .I

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==