Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOlnE SOCIALISTE 451 mais réduire celle exigence rèvolulionnaire de la propriété mobilière aux proportions d'une intrigue étrangère et d'un complot juif, c'est méconnallre l'énorme mouvemen L économique accompli en Europe depuis trois siècles et que Barnave a si fortement analysé. Aussi bien, comme nous le verrons, la part des biens nationaux acquise par les juifs est tout il fait infime el négligeable, et celle tentative pour faire de la Révolution une conspiration juive serait plaisante 1ar sa frivolité, si nous n'avions vu combien ces pitoyables falsifications gravement rééditées par les • sociologues • antisémites el les journaux d'Eglise servaient le mouvement réaclionnail'è <laos notre pays. Oui, l'abbé )faury a été un grand inventeur. Le voici maintenant qui essaie de faire peur à la propriété bourgeoise. « Quand je dis les propriétés, Messieurs, je prends le mot dans son acception la plus rigoureuse. En effet, la propriété esl une el sacrée, pour nous comme pour vous. Nos propriétés garantissent les v~tres. Nous sommrs attaqués aujourd'hui; mais, ne vous y trompez pas, si nous sommes dépouillés, vous le serez à votre tour; on ,·ous opposera votre propre immoralité el la première calamité en matière de finances atteindra el dévorera vos héritages ... Si la nalion a le droit de remonter à l'origine de la société, pour nous dépouiller de nos propriétés, que les lois ont reconnues el protégées pen•lanl plus de quatorze siècles, ce nouveau principe métaphysique vous conduira directement à toutes les insurreclions de la loi agraire. « Le peuple profitera du chaos pour deman,ler à entrer en partage de ces biens, que la possession la plus immémoriale ne garantit pas de l'invasion. Il aura sur vous tous les droits que vous exercez sur nous; il dira aussi qu'il est la nation, qu'on ne prescrit pas contre lui. Je suis loin d'interjeter un appel au peuple, el d'exciter des prétentions injustes el séditieuses qui anéantiraient le royaume; mais il doit être permis d'opposer à un principe injuste et incendiaire les factieuses conséquences que peul en tirer la cupidité, malgré votre patriotisme qui les désavoue. > Eb fait, l'Eglise ne tardera pas à interjeter cet appel; elle essaiera en plus d'un point d'ameuter les fermiers des biens d'Eglise sécularisés, e.t de leur per,ua<ler qu'ils ne doivent aucun fermage à leurs nouveaux maitres. ~lais il y a dans le discours de l'a!Jbé Maury, dans cette menace suprême jetée Il la propriété bourgeoise par la propriété cléricale menacée, un grand sophisme. Oui, l'expropriation révolutionnaire des biens d'Eglise permet de conclure que les biens de la bourgeoisie pourraient êlre aussi un Jour révolutionnairement expropriés. Oui, de même que les Juristes bourgeois ont déclaré que si les biens d'~lise avaient été créés en vue de certains services sociaux, c'était à défaut de la Nalion, el que la ;iation pouvait donc, en assumant ces services, saisir ces biens, nous p~uvons dire aujourd'hui, nous, communistes, que si la pro-

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