800 HISTOIRE SOCIALISTE l'a,•aienl déji1 rendu rélèbre, quand dans la lulle électorale de Provence éclata toul son rnagniOque génie. li rut naimenl le lribun du peuple foudroyant les nol,les; cl lorsqu~, de hameau en hameau, on li~ail la terrible apostrophe aux aristocrates: « Quand le dernier des Gracques tomba sous le Ier des patriciens, il lança de la poussière contre le ciel cl de celle poussière naquit ~larius », il semùlait que Je ciel de Pro,cnce continuait le ciel romain et que la grande clameur du forum antique vibrait en lui; les àmes provençales étaienl remuées jusque dans les racines profondes par où elles plongeaienl dans le passé républicain. ~ais au-dessus de ces fracas de passion el de ces souvenirs orageux, la pensée de Mirabeau s'élevait soudain pour développer l'idée d'une société ortlonnée el forte, où le pouvoir royal serait comme la clef de voûte de toutes les libertés. El comme des coups de foudre qui déchargent l'horizon de ses colères, les éclals de pns,ion du tribun laissaient dans les esprits une large sérénité. Il entra à l'Assemblée nationale aYec le désir ardent de donner sa mesure non pas surtout comme orateur mais comme homme d'etal, et de conduire le, événements. JI voulait, à ses propres yeux cl aux yeux de l'histoire, racheter ses désordres en fondant la perpéluilé de l'ordre. li savait, dès les premiers jours de la llévolulion, qu'elle pouvait aboutir à la destruction de la royauté, el il étail convaincu que sans l'action régulatrice de la royauté transformée, la France aboutirait vite ou à une oligarchie bourgeoise ou au despotisme militaire. Il était le plus vraiment royaliste de l'Assemblée nationale et il était en même temps un des plus démocrates. Quoique élevé par son père dans le système des économistes, des physiocrates, il ne faisait poinl de la propriété fonr.ière ni même en général de la propriété la mesure de toute valeur sociale. Allant bien au delà de Turgot et même de Condorcet qui, dans leurs projets sur les assemblées municipales et les assemblées pro,·incialcs, n'accordaient le droit de vote qu'aux propriétaires, il tenait pour le suffrage univer.el, et il disait dans son discours du 30 janvier iîS() aux états de Provence : • Lorsqtfune nation est trop nombreuse pour être réunie dans une seule assemblée, elle en forme plusieurs, cl les individus de chaque assemblèe particulière donnent à un seul le droit de voter pour eux. " « Toul représentanl est, par conséquent, un élu; la collection des représentants est la Nation, et tous ceux qui ne sont point ,·eprésentants ont dtl étre électew·s par cela seul qu'ils so111représnllés. Le premier principe de celle matière est donc que la rcpré,entation soit individuelle : elle le sera s'il n'existe aucun indi\idu dans la l\ation qui ne soit ~lecleur ou élu, puisque nous devrons être représentants ou représentés. »
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==