Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE hésitation contre l'Asemblée, et celle-ci aurait été comme foudroyée par le choc en retour des événements de Paris. Telle était dès lors la force morale de l'Assemblée, qu'il paraissait plus facile à la Cour d'écraser d'abord Paris que de violenter directement l'Assemblée : c·est donc maintenant dans la capitale que lient tout le destin de la Révolution. La grâce des soldats mil fin, dès les premiers jours de juillet, à toute c!Tervcscencc, mais les mou,·cmenls de concentra lion des troupes continuèrent. Dès le 8 juillet, à la tribune de l'Assemblée nationale, ~lirabeau signale le I éril en un discours admirable, et il adresse aux ~oldals em-m~mes un Yéh,\mcnt appel. « Quelle est l'époque de la fermentation? Le mouvement des soldats, l'appareil militaire de la séance royale. Avant, tout était tranquille; l'agitation a commencé dans celle triste cl mémorable journée. Est-ce clone à nous quïl faut s'en prendre si le peuple qui nous a obsen-és, a murmuré, s'il a conçu des alarmes lorsquïl a I u les instruments de la \iolence dirigé, non seulement contre lui, mais contre une Assemblée qui doit être libre pour s'occuper avec liberté de toutes les crruses de ses gémissements? Comment le peuple ne s'agiterait-il pas, lorsqu'on lui inspire des craintes sur le seul espoir qui lui reste? Ne rnit-il pas que si nous ne brisons ses fers, nous les aurons rendus plus pesants, nous aurons cimenté !"oppression; nous auror,s livré rnns défense nos concitoyens à la verge impilO) able de leurs ennemis, neus aurons ajouté à lïnsol~nce du triomphe de ceux qui les dépouillent et les insultent? « Que les conseillers de ces mesures désastreuses nous disent encore sïls sont sùrs de conserver dans sa sévérité la di;cipline militaire, de prévenir tous les e!Tclsde l'élernellcjalousie entre les troupes nationales el les troupes étrangères, de réduire les soldats français à n'être que de purs automates~ à les séparer d'intérèts, de pensées, de senlime111sdt "avec leurs concil_oyens? Quelle imprudence dans leu1· système de les rapprocher du lieu de nos assemblées, de les électriser par le contact de la capitale, de les intéresser à nos discussions politiques? Non, malgré le dévouement aveugle de l'obéissance militaire, ils n'oublieront pas ce que nous sommes: ils verront en nous leurs parents, leurs amis, lew· famille occupée de leltl"s inlé>-èlsles plus précieux; car ils font partie de cell,- nation qui nous a confié le soin de sa liberté, de sa propriélP, de son honneur. Non, de tels hommes, non de tels Français ne feront Jamais l'abandon total de leurs faeullés intellectuelles; ils ne c,·ufroneJamais que le devoir est de frapper sans s'enquérir quelles sont les victimes. » Quel noble signal d'indiscipline pour !a liberté I El ~irabeau concluait en demanda11l une adresse au roi pour le prier de rappeler les troupes. Il demandait en même temps que des gardes bourgeoises soient instituées à Paris pour y maintenir l'ordre sans y menacer la liberté.

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