221 H!STOlllE SOCIALISTE plus il y avail, en bien des communautés rurales, des lradilions d'assemblées populaires el plénières. Pour le choix des répartiteurs, pour les travaux des chemins, pour les réparations à l'Eglise, au presbytère, à l'école, tous les habilanls élaienl convoqués; on délibérail sur la place du village, el lenolaire inscrivait le résultat du vole. Les assemblées provinciales réunies en 1787 avaient e,sayé de subslilucr le suffrage de la propriété, le suffrage censitaire à celte sorte de sulîrage universel paysan: mais celui-ci avait résisté: el je note bien des cahiers qui demandaient que les réunions des communautés de village" trop nombreuses el Lumullueuses » soient réglementées. Elles persistaient donc : el sans aucun doule celte Lradilion a aidé les paysans même les plus pauvres, même les plus humbles à faire entendre leur voix. Aussi bien, même si les journaliers, les manouvriers, les prolétaires ruraux n·ont pas toujours pris parl directement à la formation des cahiers el au choix des députés, ils ne sonl pas tout de m~me absents des cahiers. Il esl visible que la plupart du Lemps ce ne sont pas les paysans eux-mêmes gui tenaient la plume: ils aYaienl recours aux bons offices de quelque praticien au courant de leurs affaires: les citations latines mêlées aux cahiers même les plus savoureux, les plus imprégnés de vie paysanne en sonl la preuve. Or, ces hommes, pelils médecins ou vétérinaires ou homme~ de loi, connaissaient aussi bien les soulîrances des manouvriers que celles des pelils fermiers ou des pelils propriétaires. Ils vivaient familièrement avec les uns et avec les autres et Lenaienl à traduire dans les cahiers les doléances de tous: le cahier élailainsi vraiment, pour employer une expression du moyen àge, • le miroir • de la communauté. C'est ainsi par exemple que dans certains cahiers de paroisses de l'Autnnois, cités par M. de Charmasse, il y a une analyse merveilleusement exacte el nuancée des catégories rurales. Ces cahiers dislinguenl, (notamment ceux de la paroisse de Grury) dans le Tiers Etal rural, ·gualre classes: le modeste propriétaire bourgeois qui vil assez maigrement de ses revenus fonciers, le propriétaire cullivaleur, le métayer el enfin le manouvrier. Je ne peux ciLer que quelques passages: • Les propriétaires cullivaleurs sonl au nombre de cinq el peuvent faire quarante individus: à raison des rentes énormes et servitudes de tou Lesespèces dont leurs fonds sonl chargés, ils n'ont pas, tout payé, le Lier. des fruils francs sur lesquels il faut payer les impôts royaux, en sorte qu'ils ne sont guère moins misérables que ceux de la classe qui les suit. • • Quel pinceau pourra il représen Ler au vrai l'étal des malheureux de celle troisième classe dont le sort est bien plus fâcheux que celui des esclaves gui s'achèlenl à prix d'argent? Car les mattres à qui ils appartiennent dans la
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