Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOinE SOCIALISTE 219 tayers sont tenus tle cultiver sans y rien prendre. En un mol, ils surchargent de façon qu'à la fin du bail leur ruine est presque toujours consommée. C'est une usure répréhensible, puisque le bajl à métairie est unt espèce de société où chacun des associés devrail avoir la moilié. Les soussignés demandent qu'il soil pris des mesures efficaces pour p·évenir cet abus. • Nous n'avons pas à discuter ici la valeur de ~ réclamalions contre les grandes fermes et les grandes exploilations. Je note seulement que cette nouvelle méthode intensive et capitaliste, se combinant vers la fin du xvm• siècle, avec les e!Iets persistants du système féodal, ar.hevail d'accabler les habilants des campagnes. De plus en plus aussi il apparaissait que les vignerons. raule d'un suffisant capital, étaient à la merci des grands marchands et des gran<ls prorriétaires. Je lis dans les mémoires de la Sociélé royale cragricnllurr : • Pour tirer quelque avantage du commerce de, vins, il faul ~b,olument les garder jusqu'au moment où celle denrée soit marchande. A la vérilé, le vigneron ne jouit jamajs d'une aisance qui lui permette d'attendre un moment favorable pour la venlc de ses vins. Nous p,virrions ajouter, en d~,,lorant l'état du vigneron, que pour quïl fùl heureux il faudrait qu'il pùt vendre non seulement son vin, ma.is encore il conviendrait qu'il lui fut possible de conserver une partie de ses rev<•nus dans les années d'abondance, pour subvenir à ses besoins dans les aonées de disette. • • Le proverbe qui dit que le vin gagne à vieillir daos les caves, que son prix augmente à raison de son âge, ne peut en général s'appliquer qu'au propriétaire de vins aisé; rarement les propriétaires cullivaleurs, encore moins le vigneron sont dans l'état de le garder. Le vigneron n'a que quelques celliers peu vastes; il manque souvent de caves, el il eo faut d'immenses pour conserver beaucoup de futailles. » • Lorsqu'il y a aboodancede ,in, le vigneron se trouve donc obligé de se défaire de son vin aussilôl qu'il l'a recueilli et de le donner à si bas prix qu'il n'est pas payé des journées qu'il a employées à la culture de la vigne. • Arthur Young signale de même la condition précaire des vignerons el la prédominance des grands proprélaires ou marchands. • L'idée que la pauvreté est la compagoe des vignobles est ici (en Champagne) aussi forte que dans toute autre partie de la France : les petits propriétaires so11toujo11rsdans la misère. La cause en est évidente. li est ridicule qu'un homme qui n·a qu'un petit capital se livre à une culture aussi incertaine ... Pour rendre les vignes avantageuses, oo observe communément Ici qu'il faut qu'un homme ait un tiers de sa propriété en rentes, un tiers en fermes et l'autre tiers en vignobles. 1/ est aisé de conat•oir que les c11ltivateurs q11iréussissent le mieux dans cc gem·e de cullure doivent toujours ~tre ceux qui ont les plus grands capitaux. C'rst ail«i q,u l'on entend parler des ,ucâs des marchands, qui po,sèdnl.t non seulement un grand nombre d'ar-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==