LA RE\TE SOCTALJSTE Cc sentiment n'est pas nouveau chez le maître écrivain. Sa caractéristique, manifestcc dès son tout premier ouvrage; est d'aimer la vie. Son œuYrc naturaliste, qu'on ne s'y trompe pas, n'est pas une œuvre pessimiste. JI y fut amer de toute l'amertume que lui donnait le spectacle de la Yie stupidement ou méchamment employée. Cette amertume, il la retrouve dans Fécourlité pour nous peindre des êtres stupides et méchants, que kur égoïsme fait ennemis de la vie. Mais il fut aussi, dans son œuvre antérieure, le chantre crnu des braves gens et de leur ' ' courage à faire de la vie saine et forte. Cette crnotion, dans Féco11rlité, déborde et roule à larges flots puissants, comme pour Yaincre en nous les résistances et nous emporter vers un idéal de labeur payé de joie, la joie de l'incessante création. Objectera-t-on que, dans les œuvrcs précédentes, l'auteur nous occupait, daYantage que dans celle-ci, des êtres stupides et méchants, et qu'il prenaï't une sorte de plaisir à nous montrer leur stupiditc et leur mcchanceté en détaii et sous toutes leurs faces? Il se peut que, dans Féco11dilé, la place leur soit un peu plus mesurcc, à l'avantage de la famille de braYes gens que l'auteur glorifie; mais on sera neanmoins frappé de cc fait que, sur sept ménages dont l'auteur nous décrit l'intimité, il n'en est qu'un seul qui nous soit absolument sympathique. Quant aux personnages qui YiYent dans le célibat, il n'en est qu'un seul, celui du docteur, apôtre de la fécondité et ennemi des fraudes conjugales, qui mérite pleinement l'estime du lecteur. li n'y a donc p:i.s, :\ proprement parler, abandon de la méthode suivie jusqu'ici p:i.r l'auteur des Ro11go11-Atlacq11arl m is développement. Et Yoici en quoi consiste principalement cette cYolution : Jusqu'ici Émile Zola a présenté, dans chacun de ses livres, une thesc. A présent, cette thcsc, il la prcscnte et la soutient. La nrnniére objcctiYc ne suffit plus au moraliste qu'il fut toujours, et il intervient pour nous dire sa préférence, pour nous indiquer la leçon que les faits contiennent. Libre aux partisans de l'art pour l'art de critiquer cette nouvelle manière. Mais ils ont tellement stérilisé le champ de la littérature depuis qu'il l'ont cnYahi, que leur protestation se perdra dans la clameur enthousiaste de ceux qui le Yerront reverdir et fructifier grâce au bon laboureur de lettres qu'est Émile Zola. D'autant que son style, d'ordinaire Yigoureux jusqu'à la brutalité et solide jusqu'à la massivité, y gagne singuÏièremcnt en force et en puissance. Jugez plutot si « l'art pour l'art)> eùt pu donner cette magnifique page de « l'art pour la vie )> : « Et ils curent la superbe, la diYine imprévoyance. Dans leur possession, tous les bas calculs sombrércnt, il ne resta que l'amour vainqueur, ayant confiance en la Yie qu'il crée sans compter. Si, aux bras l'un de l'autre, ils aYaient restreint l'acte, ils ne se seraient plus
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