LE CONGRÈS SOCIALISTE 735 parti. Mais nous aurions voulu que la constitution fùt Yéritablement, ainsi qu'on l'avait demandé, le couronnement du traYail théorique et pratique que les délégués avaient à faire, ayant de jeter les bases de l'organisation et du rapprochement entre elles des diYerses fractions dont se compose 1~ socialisme français. C'est ainsi, d'ailleurs, que l'avaient compris ceux qui amenerent le Comité d'Entente à adopter l'ordn· de discussion arrêté pour le Congrès. Cet ordre était logique. Sur quels événements, en effet, la cris·e intérieure avait-elle éclaté au sein du parti socialiste, entre les diverses fractions et. parfois au sein même de ces fractions? A l'occasion de l'affaire Dreyfus et de l'entrée de Millerand au ministère qui en fut la conséquence immédiate. La ,ampagne ardente menée par Jaurès, au nom d'un principe de justice supérieure, commun d'après lui aux socialistes et à la bourgeoisie républicaine, aYait tout d'abord mécontenté les membres du parti ouvrier et des blanquistes, qui Yoyaient dans la mêlée déchaînée autour • de l'ex-capitaine une simple lutte engagée entre deux clans bourgeois et dans laquelle le parti socialiste, parti de classe, n'avait pas à intervenir. Jaurès et ses amis, dont nous étions, estimaient, au contrai.re, que le parti socialiste a le deYoir de manifester une opinion précise, conforme à son idéal et à sa doctrine, toutes les fois qu'un grave conflit éclate entre deux fractions de la classe possédante. Notamment, dans l'espèce, les partis politiques entrés dans le conflit souleYé par la réhabilitation de Dreyfus mettant aux prises, pour empêcher la réhabilitation du condamné, les élément~ conserYateurs et cléricaux de la classe possédante, avec les éléments libéraux républicains qui défendaient la victime des conseils de guerre, la diYergence d'opinions créée par l'affaire au sein du parti socialiste soulevait k problème des relations d'un parti de classe comme le nôtre aYec les di\·erses fractions dont se compose la classe possédante. Aux yeux de Jaurès et de ceux qui le suivirent dans cette manière de conceYoir la politique de classe du prolétariat, celui-ci doit intervenir dans ces conflits; d'autant que souYent, la victoire d'une des deux fractions aux prises mettrait en danger les libertés politiques ou les principes juridiques et moraux proclamés par la bourgeoisie révolutionnaire. C'est en conformité avec cette interprétation de la lutte de classe, qu'il approuYa également l'entrée de Millerand dans le cabinet \Valdeck-Rousseau, constitué en nie de défendre la République contre les entreprises de ses ennemis, qui tous, au cours de la bataille liYrée autour de Dreyfus, s'étaient prononcés non seulement contre l'innocence de celui-ci, mais même ' ' contre la léaitimité des revendications juridiques formulées· pour 0 obtenir un nouvel examen de son cas. L'affaire Dreyfus n'avait que mécontenté - au moins. en appa:. rcnce - un certain nombre de socialistes influents;. l'entrée de. '
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