732 LA REVUE SOCIALISTE Mais la <li\·ision du traYail, par la dependance qu'elle établissait entre les membres de l'association, a,,ait pour conséquence la necessite de l'échange, c'est-à-dire le commerce sous sa forme prcmiere, le troc. C'est une autre forme de l'entente pour Yivre, quelle que soit la part qu'il faille faire à la supercherie et à l'egoïsme des troqueurs. Au sein d'une société nomade, dit G. Roscher (op. cil., p. 39), il peut à peine être question de transactions commerciales, dans l'acception propre du mot. Dès leur apparition, les effets sont immenses. Nous aurons ailleurs occasion de les etudicr dans le détail. Disons ici que le commerce a été un facteur important dans l'évolution de l'accord pour ,·ine. L'idée de la solidarité entre les membres de l'association en a reçu une plus vive clarté. Elle s'est en outre élargie. Il ne s'agissait plus, dans le cas de ces relations nouvelles, de s'arracher des lambeaux de territoire ou de se disputer des terres inoccupées, mais de se communiquer en principe le bénéfice des dons pela nature ou de l'industrie. Le commerce renversait donc les murailles des societes, fermées jusqu'alors et n'ouvrant leurs portes que pour l'attaque ou sous le choc des tribus ennemies; il commençait ainsi, avant la division du travail, la longue expérience de la fedération pacifique des peu pies et des races. Mais, dit M. Courcelle-Seneuil, il mettait ainsi en lumiere, « bien avant la philosophie, la religion et le droit, la valeur de l'inditionnels, subit la pression des conditions sociales qui lui imposent une contrainte, une barrière d'airain. Soit. Mais cette action de la société sur ses membres tempère et neutralise l'action brutale de la lutte pour la vie, si bien que, partout où il y a société, il y~, it des degrés plus ou moins développés et avec plus ou moins de liberté individuelle, altruisme et solidarité. On les trouve dès le début de l'humanité et même sous une forme Yraiment intempérante; car les privations que le sauvage s'impose pour obéir à la tradition religieuse, l'abnégation avec laquelle il sacrifie sa vie d~s que la sociét.: en réclame le sacrifice, etc., tout cela est de l'altruisme. (Durkheim, op. cil., p. 215 .) Que la division du travail soit un résultat de la lutte pour la vie, ajoute le même sociologue, on ne peut le contester; mais elle en est u::. dénouement adouci. Gràcc a elle, en effet, les rivaux ne sont pas obligés de s'éliminer mutuellement, mais peU\·ent exister les uns à côté des autres. Aussi, a mesure qu'elle se développe, elle fournit a un plus grand no:;-ibre d'individus qui, dans des sociétés plus homogènes, seraie1,t condamnés it disparaître, les moyens de se maintenir et de survivre. C!iez beaucoup de peuples inférieurs tout organisme mal venu deYait fatalement périr, car il n'était utilisable pour aucune fonction. Parfois, la loi, devançant et consacrant en quelque sorte les résultats de la sélection naturelle, condamnait a mort les nouveauxnés infirmes ou faibles, et Aristote lui-même trouvait cet usage naturel. Il en est tout autrement dans les sociétés plus avancées. Un individu chétif peut trouver dans les cadres complexes de notre organisation sociale une place où il lui est possible de rendre des services (op. cil., p. 299-300). Mais si la division du traYail produit la solidarité, ce n'est pas seulement parce qu'elle fait de chaque individu un échangiste, comme disent les économistes (Molinari, Li Morale écouo111iq11e, p. 248); c'est qu'elle crée entre les hommes tout un système de droits et de devoirs qui les lient les uns aux autres d'une manière durable. La division du travail en effet ne met pas en présence des individus, mais des fonctions sociales, au jeu desquelles la société est intéressée. D'où des reglcs de plus en plus multiples qui assurent le concours pacifique et régulier des fonctions divisées (op. czt., p. 457-458).
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