LA REVUE SOCIALISTE façonne peu à peu les organes, les incline en quelque sorte d'avance vcrc; autrui, en un mot devient l'instinct -:e la sociabilité.)> Toute cette page, que nous n'avons pas a discuter dans le détail, met simplement en lurniére comment les progrcs de la sympathie contribuent a fortifier l'accord social, mais elle suppose qne famille, peuplade et société existent déjà; en tous cas, elle le donne à entendre. Si elle prouve que « l'animal social nait a\'Cc l'esprit hanté de l'image de ses congénéres, comme l'oiseau naît aYec l'image du nid », elle n'etablit pas que la sympathie soit la cause originelle des relations sociales. Il nous importe peu maintenant de savoir si elle a pour principe l'utilité proprement dite, ou le plaisir ou les deux ensemble. Sans doute encore, comme on l'a prétendu avec raison, de bonne heure l'~trc humain a dù éprouver un besoin d'affection, d'approbation on d'estime, c'est-à-dire, en somme, de sympathie. Le sauyagc ressemble bien a cet égard a l'homme civilisé. Mais ce sentiment a dû jou1.T un rôle bien effacé dans la constitution des sociétés naissantes. Il s'allie anc une certaine élc\·ation de cœur et d'esprit. C'est dans le milieu social seulement qu'il a pu prendre conscience de lui-même. Sans des nécessités plus impérieuses, eût-il suffi a unir les prcmiéres tribus? N'est-cc pas plutôt parce qu'il fallait Yivrc qu'il fallait s'unir? C'est plus tard que se manifeste cette inclination à rechercher des pbisirs <l'essence supérieure, des satisfactions honorifiques. Aux époques primitives, l'homme est avant tout un animal qui a besoin de chercher sa subsistance, de la disputer à des espéccs concurrentes ou de la dcfcndrc, de se mettre en garde aussi contre d'autres especes dont il est la proie naturelle. Comment y aurait-il réussi, s'il eût vécu purement égo'istc et solitaire? On découvre, ajoutera-t-on peut-être, l'instinct de sociabilité au fond de tous les penchants de l'âme humaine, telle que l'histoire nous la révelc. i\lais, à l'origine, l'instinct de vivre, si exigeant et si fort, n'eùt-il pas maintenu l'homme dans un isolement analogue à celui des grands fauves, si le milieu ne l'eût obligé à chercher ou accepter au hasard des rencontres, pour prévenir de nombreux risques de défaite, le concours de ses semblables? li n'y a donc pas lieu de multiplier ici encore les causes premicres sans nécessité. Ne voit-on pas, d'ailleurs, même de nos jours, les groupes ennemis les plus acharnés s'unir quelquefois, quand il s'agit de repousser un danger qui menace les uns et les autres? ~os lointains ancêtres ne durent pas être, en cas de nécessite, d'un égoïsme plus intransigeant. On peut alléguer qu'il y a là une manifestation de l'esprit de sociabilité. Mais, dans les temps primitifs, cet esprit ne dériYe-t-il pas plutôt comme un effet de l'existence en commun réalisé par l'action d'autres forces et de l'intelligence qui s'y éveille de l'intérêt réciproque que les êtres réunis ont à vivre ensemble?
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