La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

ïI2 LA REVUE SOCIALJSTE ;1e pourrait pn'.:Yoir leur sort, puisque toute la transformation du dernier siècle /est produite contre eux et que sans treve leur rôle dans le inonde s'est atténuè. Il leur restera peut-être à ramasser les som·cnirs de leur ci\'ilisation supèrieure, ù refaire l'œuvre des siècles lointains, :i dépasser l'évolution des cent dernieres années, après avoir été débordés par elle : la Révolution suprême de l'humanité en marche vers la justice sociale, peut tout aussi bien sortir d'une petite nationalité, que d'une gigantesque communauté de peuples aux cloisons effondrées. * * * De même que l'ordre doit preYaloir dans l'économie générale c:t en quelque sorte extérieure, superficielle des sociétes, de même l'organisation doit l'emporter en leur contexture interne. La lutte des États se résoudra au sein <lela fédération; la lutte agrandie des fédérations se resoudra plus tard et forcément, dans une structure internationaliste; les guerres sociales s'e,·anouiront dans la fusion des classes en conflit. L'enquête industrielle nous apprend, que le progrés de la production, que l'extension du machinisme ont pour résultat direct immédiat, une prolétarisation grandissante. L'anarchie que comporte la propriéte individuclle,-qui n'est autre chose que l'accaparement de la propriété paru ne infime minorité, -- rejette sans cesse dans le paupérismc, c'cst-ù-dirc dans la misère héréditaire et inéluctable, des fragments plus compacts de la population. L'acquisition des contrées lointaines au capitalisme et à l'industrialisme developpe, à travers le globe la puissance numérique, non seulement de l'armce de résen·e du traYail qui est l'élément fondamental des ré\'olutions futures, mais aussi de cette masse d'hommes qui, broyés dans l'engrenage de la société moderne, n'ont rien :i attendre d'elle, et attendent tout d'un changement intégral. C'est un fait remarquable qu'en Russie, malgré les lois oppressi ,·es, qu'aux États-Unis, maigre le bien-être relatif et les traditions individualistes, qu'au Japon, malgré la résignation presque constitutionnelle d'un peuple habitué a l'humiliation et à b déférence, des partis socialistes se soient formés dans les ténèbres, ou au grand jour. Le régime capitaliste se retourne contre lui-même; chaque progrés apparent qu'il réalise, oune en réalite une fissure dans ses parois, creuse un abime en ses substructions. La concentration de richesses qu'il entraîne et précipite, amincit toujours sa base. De l'aristocratie d'argent, il fait une oligarchie, puis de l'oligarchie, une dictature sociale ù quelques têtes. Des dizaines de millions de citoyens conscients se dressent dcjà, en face de quelques milliers de privilégiés qu'il élève, et dont il serait même impuissant a maintenir le nombre.

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