La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

688 LA REVUE SOCIALISTE donner une idée de ce qu\~tait cc journal, je Yous indique de quelle façon on y annonçait l'état ciYildes Juifs : les naiss:mces s'appelaient des « éclosions », les mariages des cc accouplements", les morts des cc crevaisons». (Excla111atio11s.) C'est sur la dénonciation de gens pareils que Mme Isnel, rece\·cuse des postes, :1 été accusée par le parquet. L'enquête se poursuivit pendant huit mois, et au bout de cc temps on décounit que c'était le facteur qui avait donné les renseignements au journal la Sil/Joue/te qui était le coupable. Voilà ce qui se passe en Algérie aYec les magistrats antisémites! (Appla11disse1J1c11/s.) Et vous venez nous parler de ces magistrats et de leur opinion sur les Juifs? (1). Et ces gens-li que pousse uniquement le desir d'assouvir par tous les moyens possibles d'insatiables appétits osent dire et écrire qu'ils combattent au nom d'une idée et qu'ils entendent par unique amour du bien public épurer le suffrage universel? En rblité ils veulent accaparer pour leurs çofs l'Algérie tout entière, y compris les 183 millions que nous leur accordons. lis parlent de l'Algérie aux français mais ils entendent réserYer l' ..\.lgerie aux Algeriens exotiques et nés dans le pays : quant au français de France, au nouveau débarqué, il est l'ennemi et dés qu'on sera débarrassé des Juifs on lui fera son affaire. On est surpris, en même temps gu'écœuré, du vide lamentable de leurs écrits électoraux, de leur absence d'idée-programme. Quand ils ne se traitent pas entre eux de vendus et de renégats, quand ils ne font pas l'éloge de la race algérienne à !:-:quelle la France deHa fournir les moyens d'occuper toute son aire pour disparaître ensuite, ils declarent hautement qu'ils entendent ~e partager ses dépouilles. On y voit étalée dans tout son cynisme la politique la plus utilitaire, faite de haine, d'ignorance et d'appétits. Au lieu de proposer i cc grand pays un programme d'actiYite féconde, on se déclare prèt a faYoriscr l'expulsion de ceux-ci, la ruine de ceux-là, la confiscation totale des domaines, le boycottage absolu des immigrés français pour reserYer aux seuls fils des colons les concessions disponibles; l'un promet de mettre ;'t la disposition de ses électeurs ses relations, l'autre s'engage à faire distribuer cent hectares au colon qui lui donnera sa Yoix_,un troisiémc ose se faire un titre de ses charités; il faut citer textuellement ce passage gui serait digne du Palais-Royal, s'il ne • montrait pas à quel degre est descendue la politique en Algérie : Les miséreux, les ouvriers, ont eu recours à moi et jamais en vain. Pauvre d'argent, j'étais riche d'amour pour mon prochain et c'est royalement, sans compter, que quotidiennement j'ai fait à tous la charité de mes soins de médecin et de mes conseils d'ami. Parmi mes ennemis, j'en sai3 qui me doivent la Yicde leurs enfants. (1) Chambre d.:s députés, s0an,.: du 24 mai 1899.

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