La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA NATLiRALISATIOK DES JCIFS ALGÉRIE~S tantine, qui chasse les petits enfants juifs des écoles et qu'on nomme officier de l'instruction publique pour sen·ices rendus à l'instruction publique? (Rires.) On a décoré également M. Rouyer, que le préfet, M. Dufoix, a fait nommer président du Conseil général après en avoir modifié la majorité par de nom·eaux choix de conseillers généraux à titre indigène. Mais il y a deux Rouyer : l'un est un ancien pharmacien qui tenait une maison de bains; l'autre, son frère, est propriétaire. On voulait décorer l'un comme propriétaire, l'autrt: pour services exceptionnels politiques. Seulement, au dernier moment, on s'est dit qu'il était difficile de décorer a titre politique un antisémite militant et on a décoré le tenancier d'une maison de bains à titre d'aari- o cutteur. (011 rit.) En Algérie, cela ne tire pas à conséquence. M. MASSABUAU.- Mon cher collègue, on a décoré en France un notaire pour avoir marié sa nièce au frère d'un préfet. (011 rit.) M. GUSTAVERou ANET. - Ce n'est pas tout. En dehors des places dont sont assurés messieurs les antisémite~, il y a les concessions. On vous dit: « L'Algérie aux Français! » Non, messieurs, on ne veut pas de l'Algérie aux Français; on veut cc l'Algérie aux Algériens ». A cet effet, voici comment on procède : on décide que, dans les ,·illages qu'on agrandit, rien ne sera réservé aux colons immigrants qui pourraient venir de France; que tout sera donné aux fils de colons. On crée donc des concessions pour les fils de colons, on leur donne tout dans les villages qu'on agrandit, et les trois quarts ou les deux tiers dans les villages nom·eaux. Savez-vous corn bien on a dépensé en I 897 avec ce système? On a dépensé une somme de 1,800,000 francs qui a servi à installer cent sept colons. Le colon algérien revient à 16,000 francs par tête; vous trouverez, sans doute que c'est un peu cher. On ne s'est pas arrêté là. On vient de créer un nou,·eau village,. celui de Davout, dans le département de Constantine. Le Re'jmblicaiu, journal de M. Morinaud, a bien soin de dire que c'est grâce à lui que ce village a été créé, qu'on a donné des concessions à un tel et à un tel. On en a tant donné, qu'on en a accordé à des gens qui sont morts. M. SAVARYDE BEAUREGARD-. D.:'.s concessions dans les cimetières, alors? (011 dt.) M. CONSTANT-. Des concessions à perpétuité! (No11vea11rxires.) M. GusTAYE RouANET. - Il y a ainsi une dame Laurent qui se trouve concessionnaire post 111orte111. Un autre, c'est le gérant d'un journal antijuif de Sétif qui a été nommé également concessionnaire et qui a déja affermé sa concession à raison de 3 50 francs par an à un Arabe. Voilà de quelle façon l'antisémitisme fait de la colonisation en Algérie. Devant de telles pratiques il n'y a aucune raison pour que les gens ne soient pas antisémites et ne crient pas : A bas les Juifs! parce que c'est en criant : A bas les Juifs qu'on a des places, des faveurs, qu'on peut dénoncer ses adversaires, qu'on peut pendant huit mois, comme sur Mme Isnel, du viÜage d'Aïn-M'lila, faire peser une accusation de concussion. La malheureuse en est à cette heure à l'agonie. Il a fallu huit mois à M. Bussières pour faire rendre une ordonnance de non-lieu. Cette accusation avait été portée sur la dénonciation d'un journal immonde qui s'appelait la Sil/Jo11ette. Pour vous

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