La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE quelques clauses du contrat passé par ma jeunesse avec ma conscience. Et voici ce que je veux dire, j'ai éclairci mes idées générales; j'ai affrancbi mon jugement; j'ai acquis la notion du droit, et j'ai tttcbc'.:de définir le devoir. Une suite de catastrophes extérieures et de traverses particuliéres, la ruine des personnes et les grands balayages d'idées, avaient laissé ma conscience gourde, plongée dans une espéce de stupeur, qui entraînait une impression de repos. C'est à la fayeur de ce calme que se classèrent, par un ordre naturel, les éléments récoltés dans le trouble. La rage de la déroute avait cédé à l'angoisse des discordes civiles. Cc qui restait net, en ma mémoire, comme une image et un précis de la guerre, c'étaient les soirs de bataille à l'ambulance, le gémissement des blessc'.:ssous !a' sonde, le cri des chairs sous le couteau, la dissociation brutale de l'individu divisé en parties et jeté à des récipients séparés, le tronc sur un lit, la jambe sur un tas, des portions d'entrailles dans des bocaux; et ainsi, de façons différentes, par morceaux inégaux, menus, gros ou moyens, se débitait ce tout majestueux, que la nature constitua pour l'unité parfaite: l'individu. Après le premier attentat de la guerre, commis, sous la responsabilité de deux gouvernements, par une nation sur une autre nation, je me rappelais que j'avais participé a un second attentat de la guerre, commis par une nation sur elle-même, sous la responsabilité de ses propres délégations. Les résultats en étaient plus étranges. Apres la guerre nationale, les deux fractions hostiles de la civilisation n'avaient éprouvé qu'un besoin : celui du repos, sous la protection des traités. Après la guerre civile, les deux fractions ennemies de la société n'éprouvaient qu'un désir : celui de la vengeance, par le pétrole, par les fusillades, par la fosse commune, par la déportation et, en général, au prix d'un moyen quelconque, par la suppression de l'individu frappé d'anathème social. Pourtant, la société avait fait tout le mal.· - L'indiYidu n'avait pas déclaré la guerre. Il n'avait rien à gagner sur le Rhin. Il n'ayait rieh à esptrer de la Commune. - La société aYait fait tout le mal. Elle n'en était pas responsable absolument. * * * La société, au fond, sentait confusément son erreur. Pour se déchirer, de ses mains, avec une obstination stupide, et une cruauté digne des barbaries élémentaires, c'est donc qu'elle avait à retirer d'elle-même un principe de mort et l'on ne sait quels éléments de misère, de douleur et de méchanceté. Se détruire était proclamer son impuissance. Elle s'avouait incapable, en s'entretuant. Lutter contre

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