60 LA REVUE SOCIALISTE entre les cabinets de Londres et de Pretoria comprend : 1° une anti• pathie de races; 2° une opposition d'intérèts économigues. Il est donc permis de dire gu'elle est des plus graves et qu'elle reste de solution très malaisée. Antipathie de races, car le Trans\'aal depuis sept à huit ans, comme le Cap et la atalie depuis le commencement du siècle, est peuplé a la fois d'Anglais et d'hommes de souche hollandaise. Ceuxla représentent une force de renouvellement industriel, une énergie de spéculation financiére, et ceux-ci, qui se tranforment lentement ou qui ne se transforment point, se vouent a l'agriculture et à l'élevage. Il y a donc incompatibilité d'humeur, de tempérament, d'activité. Or le contingent Boer proprement dit, qui ne se recrute plus au dehors, ne s'accroit que par les naissances, c'est•a•dire qu'il n'offre qu'un maigre coefficient d'augmentation, tandis que le contingent britannique se multiplie d'année en année par l'afflux extérieur. Les immigrés de la République qui portent le nom d'Uitlanders se sont concentrés surtout à Johannesburg, la capitale du Rand, ou région des minés. Ils prétendent, ayant doté réellement le pays de l'industrie et tout au moins stimulé la production de l'or, y jouer un rôle politique. Dans les cinq dernières années, ils ont réclamé à plusieurs reprises les droits électoraux, la franchise, qui leur permettraient d'abord de saisir la municipalité presque tout entiére de Johannesburg, · ensuite d'entrer en nombre au Volksraad ou Assemblée législative et d'exercer ainsi leur action sur l'orientation diplomatique du cabinet de Pretoria. Le Président de la République, M. Krüger, s'efforce au contraire d'enrayer ces tendances des Uitlanders qui, en majorité anglais, voudraient surtout, d'aprés lui, annexer l'État indépendant aux colonies britanniques. Ces allégations de M. Krüger ne paraissent pas injustifiées à ceux qui étudient la situation économique actuelle dans l'Afrique Australe. Autrefois, le grand centre du commerce de cette région était la ville même du Cap, qui distribuait les produits européens aux populations de l'intérieur, et qui exportait soit l'or et les diamants de Kimberley, soit les plumes d'autruche et la laine recueillies sur les hauts plateaux. Subitement, la découverte des gisements métalliques du Transvaal a bouleversé la condition générale de cette contrée. Si le port du Cap et les autres entrepôts anglais placés sur le pourtour de la mer des Indes, Durban, East London, etc., ont bénéficié de la mise en valeur de ces dépôts, l'axe économique de l'Afrique du Sud ne s'en est pas moins déplacé et le grand foyer d'activité de la zone entre la montagne de la Table et les Grands Lacs est bien aujourd'hui Johannesburg. Si les échanges de la colonie du Cap et de la Natalie se sont développés très rapidement de 1890 à. 1898, au point même d'offrir un des plus remar-
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