La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

54 LA REVUE SOC[ALISTE \'oici co1111m:nLt i chose était advenue: Î\os amis, pressés p,1r la (aim, aYaient accéléré l'allure, sans pourtant <lépasser le maximum fixe par ks n'.·glcments, et, grâce à l'habileté de Pierre, ils étaient arrivés sans encombre au carrefour Cluny. Le chemin étant !ibn:, Pierre ne crut point dc,·oir ralentir. !\fais à cc moment passait sur la chaussée un petit ,·icillard au pas hésitant, à l'allure dépaysée. Pierre crut pouvoir l'é,·iter par un léger virage. Mais on eût dit que le vieillard cherchait son destin. Changeant de route, il alla se jeter sur l'automobile, ou plutôt dessous. Les passants qui a,·aicnt YU l'accident poussèrent un cri. Pierre aussi avait YU. Il arrêta net la machine, tandis que Lagalinc et Frizct saut:iicnt ù bas de la voiture. Le bonhomme gisait ;'1 côt(: des roues du Yéhicule. !ls le relevèrent, le t:ltèrent, le frottèrent. Il les l:iissait faire sans p:ir:iitre comprendre, les yeux eflarés. - Je n'ai aucun mal, dit-il, quand il fut re,-cnu de sa stupeur. Puis il se baissa en gémissant : l\lon ch:ipcau ! fit-il. L:igaIine se glissa sous les roues de la voiture et en tira une galette informe, qui apitoya les passants attroupés. Naturdlcment, ceux qui n'avaient rien YUcriaient 1c plus fort et, trcs affirmatifs, juraient que l'autotùobile allait d'un train désordonné. Pierre, très calme, rangeait la machine contre le trottoir, tandis que ses deux amis faisaient asseoir le vieillard sur un banc. - Mon chapeau ! gemit-il encore. - \'ous ne l'aYiez pas assuré? demanda Pierre en n:nant ;'t lui. Je ne connais rien à ces choses, répondit-il doucement. - Qu'à cela ne tienne. Je suis assure contre lcs accidents que peut causer ma voiture. Cela reviendra au même pour YOUS. Et s'adressant à l'urbain qui s'était avancé des qu'il avait vu l'attroupement, Pierre ajouta : - Citoyen, voulez-vous verbaliser? - Volontiers, fit l'urbain en portant !éCYcrcmcnltes doi<rts à sa 0 ::-, casquette d'uniforme, insigne de sa fonction. Les témoins? Deux citoyens, s:ins sortir du cercle formé par l'attroupement, vinrent declarer que les Yoyageurs n'étaient pas en faute et qu'on se trouvait en présence d'un accident inYolontaire. - EYidemmenr, fit l'urbain. Je ne crois pas que le vieux citoyen ait Youlu se suicider. Seulement il n'est pas familiariséavec les rues <le Paris. Et s'adressant au ,·ieillard - \'ous auriez dù m'appeler. Je vous eusse aide ;'1 traYersi.!rla chaussée. C'est mon deYoir. Tout au désastre de son chapeau, !'interpellé ne répondit pas. L'attroupement se dissipait. L'incident, en Yoied'arrangement, n'inté-

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