52 Le 1·uo-ese lcYa : 0 LA REVUE SOCIALISTE - \'oici, dit-il, les questions sur lesquelles je demande au jury de se prononcer : r0 Tauriac remboursera-t-il intégralement les sommes qu'il a soustraites au Syndicat des Petits Moteurs? 2° Les rcmboursera-t-il à la Caisse d'assurances ou au syndicat? 3° Sera-t-il tenu Je ne rembourser que les sommes soustraites au cours <le la précédente année? 4° Est-il passible des pénalités q;_ii frappent l'abus de confiance? Un juré se leva aprés avoir demande d'un signe la parole. - Pardon, citaycn président, fit-il, il me semble que ces quatre questions, fort bien posées, à mon sens, deYraient être précédées de cette question essentielle et primordiale : « Tauriac est-il convaincu d'avoir commis le délit <l'abus de confiance?» Le juge répondit :; - C'est, en effet, la question qu'il eût fallu d'abord poser, si l'accusé avait nié les faits qui lui sont imput~s; de même que s'il avait discuté le montant des sommes soustraites, il eùt fallu également poser une question spéciale sur ce chef. - Cependant, objecta le juré, cette question prealablc que vous ne posez pas est une garantie pour l'accusé, et aussi pour la conscience du juge. - Autrefois, même dans le cas où l'accusé reconnaissait la ma~ térialité des faits, cette question était pour lui une garantie, parce que, à cette époque, les questions qui suivaient iné\-itablement celle-là eussent mis les juges dans l'obligation de rendre un verdict dont les conséquences pénales étaient sheres jusqu'à l'injustice. La réponse négatiYe sur le point de la culpabilite les dispensait alors de répondre aux questions suivantes, et l'équité s'obtenait aux dépens de la justice, par la négation du fait matériel, avéré et patent, c'est-à-dire parce que j'appellerais une chinoiserie, si je ne me rappelais à temps les admirables progrès accomplis dans tous les sens par un peuple dont la fausse science de jadis avait sottement prononcé la condamnation. Nous n'avons, heureusement, plus besoin aujourd'hui de recourir à de tels mensonges pieux pour accorder ensemble la justice et l'humanité. Satisfait de son speech, le juge fit un court silence et reprit : - Un juré demande-t-il encore la parole? Le banc du jury resta muet. Le président, alors, tira sa montre et commença l'appel pour le prononcé du verdict. Au premier nom, le juré désigné se leva, se dirigea vers la porte du fond et disparut. Au bout de cinq minutes, le président appela un deuxième nom et un deuxième juré sortit. Et ainsi de suite, de cinq minutes en cmq minutes, jusqu'au douzième juré.
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