La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LE RtVE DE PIERRE DAVANT - Vous êtes du cercle Campanella? demanda Pierre à son :uni. - Non, mais j'y viens cc soir pour m'entendre avec un de mes persécuteurs, membre du consei I de surYeillance des beaux-arts, qui ,·eut à toute force me conduire demain à l'Ecole du Livre et m'y signaler quelques réformes urgentes. - Bon! fit Lagaline. Je le connais, votre persccuteur. C'est notre vieux Frizet. - Justement. - Oh! s'il vous a donne rendez-vous, il viendra. Frizet est la ponctualité même. - Citoyen ministre, veuillez m'excuser, dit le bouddhiste d'un ton suppliant. Je sais qu'il y a incon\'enancc de ma part à vous harceler dans un moment oü vous prenez un peu de repos parmi ,·os amis, mais le malheur qui nous frappe m'autorise à être indiscret. La figure du délégué s'<'.:taigt lacée dans u_neexpression tout officicdle. Fresnoy s'en aperçut et dit : - Je n'ai pas pris part à l'cmeute, et je l'ai désapprouvée. Nous ne demandons secours qu'aux lois. - Les lois ont prononcé, citoyen, fit Tancrct. lois . - Non, ce sont les ho111rnes;ils ont interpréte abusivement les . - Eh bien, un autre tribunal defera, s'il en est ainsi, cc qu'a fait celui d'aujourd'hui. Le droit d'appel est inscrit dans la loi. - Hélas! Yous savez bien qu'un autre tribunal confirmera._ - Qu'y puis-je? dit le dclégué. Le pou\'Oir judiciaire est un pouvoir absolument indépendant. L'administration publique est bien forcée d'exécuter ses décisions. - Ne pourriez-Yous en appeler au parlement et faire modific:'il·a loi? - Non. Vous savez aussi bien que 111oique l'initiative des lois n'appartient pas à l'administration publique. Adressez-vous à l'opi111011. - Elle est contre nous! gémit le bouddhiste. - Oui, et voilà comment le droit des uns est violé par la volonté des autres, parce que ces autres sont la majorité! s'écria Ltgaline. Et si l'opinion publique a tort? - Eclairez-la, dit Tancret. - Et si elle refuse de s'éclairer, l'iniquité sera donc consommée? - A,moins que vous ne trouYiez moyen d'i111poscrà la majorité la volonté de la minorité. - Oui, par la force. - Le moyen "ne vous a pas réussi; car vous en lticz, ce soir,

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