LE RÈVE DE PIERRE DA\'Al\T 555 lance soit le bon? Eteindre des ré,·crbcrcs et jeter des pierres dans les renêtrcs des juges, c'est simplement donner de la besogne aux vitriers et aux clectriciens; ce n'est pas résoud rc la question. Croyez-vous quc nous ne l'examinerions pas mieux dans nos cercles et dans nos clubs? Ne serions-nous. plus des citoyens? Nous aurait-on, nous aussi, ,chasses de nos lieux de réunion? En serions-nous réduits à nous assembler dans la rue? S'il en est ainsi, \'OUS avez raison; je dl'mandc à marcher avec vous et à faire de 111011 flambeau une torche révolutionnaire. Mais, franchement, ne croyez-Yous p:1s que nous allons brùler la maison, notre maison, pour faire cuire un cxuL Dc:sapplaudissements et des rires cclatén:nt. - Le citoyen Davant est mon ami, s'ecria Lagaline, mais il se trompe et il nous égare quand il prétend que les mouvements populaires sont inutiles. C'est grâce :i eux que nos ainés ont foit la Rérnlution sociale, et c'est gr:îce à eux que nous l'achéverons. • - Oui! criérent des ,oix, achcrnns la Rérnlution. - Supprimons les tribunaux, ces vestiges des barbaries antiques. - Oui! cricrent des voix moins nombreuses. Supprimons! - Supprimons cette administration publique qui n'est qu'un gouvernement déguisé. - Oui! cricrcnt des voix, de moins en moins nombreuses. Supprimons! - Supprimons les lois, ces iniques entraves ù la liberte de l'individu. - Oui ! crièrent cette fois trois ou quatre voix. Sup-primons ! - Et pui5, après nous n'.-tablirons tout ç;1! pouffo Georges. Alors, le rire secoua tous ks assistants. Qu.llld il se: rut apaisé, Pierre: qui avait laisse aller Lagalinc, rep1it: - Mon ami Lag:iline çt cc:ux qui l'ont approuve jusqtr'au bout sont les seuls qui soient logiques et qui sachent au moins cc qu'ils ... - ... Ne Yc:ulentpas! lança un loustic. - Si vous voulez remplir cc programme, ajouta Pierre, ce n'est pas trop <lel'agitation de cc soir: c'c:st même bien peu au regard de cc qu'il faut faire pour détraquer une aussi formidable: machine sociale que la notre. Eh! qnoi, cc n'est p:is là ce que nous voulons? Eh bien, alors, qu'est-cc que nous faisons ici? - C'est vrai! Allons nous coucher, criérc:nt des centaines de citoyens. A ce moment, parurent, nombreux et c11rangs serrés, ks membres du syndicat dc:sélectriciens. La foule, retournée, les acclam,1, tandis qu'ih entraient dans l'usine pom remettre les machines en marche. Cinq minutes après, la lumière inondait à flots les maniCcstants, redevenus de pacifiques promeneurs.
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