LA REVUE SOCIALISTE - Non! non! crièrent mille autres Yoix. - Nous ne sommes pas le peuple ici, reprit Pierre d'une voix haute. Nous sommes des passants qui se sont dctourncs de leur chemin pour accomplir une mauvaise bcs·ogne. Des protestations s'clevèrent en ouragan. Mais tel est l'empire de la parole sur des hommes assembles, qu'un silence se fit quand on \'it que Pierre, hissé sur les épaules de deux citoyens, lançait dans l'espace le geste familier des orateurs. - J'admets, reprit-il, j'admets pour un instant que la besogne que nous faisons soit bonne et ncccssaire. l\lais est-clic urgente à cc point qu'on ne puisse l'accomplir ù moins d'une ré\'olution? Et contre qui? Contre nous-mêmes? -- Non! non! pas contre nous, cria-t-011. Contre les juges! - l\Llis ces juges, c'est nous tous; c'(,t:1it moi hier, ce sera ,·ous demain. - Ceux d'aujourd'hui se sont ,·end us! - \'end us! A qui donc? Raisonnons au moins notre cokre, si nous \'oulons qu'elle n'égare pas ses coups. Je pense comme Yous que le tribunal a été trop loin en prononçant la sentence qui vous anime contre lui. Mais s'il est aile jusqu'aux dcrnicrcs limites du droit que lui donne la loi, il ne les a point dépassées. - La proccdurc a etc faussée! La défense n'a pas été libre! - ll se peut. Et puis? E,t-ce ici que nous allons refaire le procès, da1Js l'obscurité matLTielle et morale? Le jugement est-il dcnnitif? , 'y ,·e1-rons-11<H1psas plus clair demain? Sommes-nous désarmés contre l'ern.:ur des juges ou contre leur iniquité? Est-cc par l'émeute que les prccédentes erreurs de Li justice ont etc redressées? -- Ça s\:st vu, fit une voix. -- Oui, :iutrcfois, répondit Pierre. Mais on a vu aussi, autrefois, la foule se mettre du côte des juges iniques, contre l:i justice. Ne craignez-vous pas, aujourd'hui, de commettre une no"uvclle erreur? li ne m'est pas possibl_c de partager votre émotion; mais je la comprends, et mèmc je l'approuve. - li va chanter la palinodie! cria la Yoix. - C'est un air que j'ignore, riposta Pierre. Si je le faisais, le public ser,1it assez avisé pour s'en aperccrnir. Si je dis que je vais jusqu\i approu,-cr l'émotion que vous a,·ez ressentie en apprenant la fermeture des réunions spirites, cc n'est pas que je croie un instant ù ,·otre sollicitude pour les détr,1qués qui s'y rassemblent. Yous ayez eu un autre souci : celui de la liberté reconnue à tous les citoyens de se réunir pour dire ou faire cc qui leur plait. Et c'est de cc souci que je ,·ous approuve. Nous ne serons jamais trop vigilants sur cc point. l\lais croyez-vous que le moyen adopté pour témoigner de notre vigi-
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