LA MUSE ET L'OUVRIER A l'Union:corporativedes Ouvriers j\;Jécaniciens Citoyens et chers amis, Vous m'avez fait le grand honneur de me demander mon concours pour l'une des soirées familiales que vous organisez dans un but de solidarité. Personnellement, je n'ai pu faire que bien peu de chose pour n:pondn: à votre gé11ére~1seintention, qui était de présenter i1 un auditoire ouvrier des œuvres lit-_ téraircs et musicales d'un caractère èkvé. Cependant, grâce :"t de précieuses -collaborations, ·notre premier essai n'a pas été mal :iccueilli; et vous avez voulu me récompenser de ma très modeste participation à ce résultat par un som·enir que j'ai reçu avec reconnaissance, et qui me sera toujours cher. Ce que je vous offre aujourd'hi.1i est un présent de bien moindre ,·alcur. Veuillez l'accepter, pourtant, conimc un témoignage d..: cordiale amitié, et en faveur de l'intention du poème, malgré toutes les insufT-isanct.:dse l'auteur. J'~.i v6ulu y exprimer une pensée qui nous est commune : -c'est que le peuple a droit, comme on _l'adit, à la beauté, à la science, à la cultur~ désintéressée de l'esprit, à tout ce qui peut, enfin, l'éclairer et l'ennoblir. Je pense que non seulement il y a droit, mais qu'il a aussi le devoir d'acquérir toutes les connaissances capables de fortifier en lui le sentim..:nt de sa dignité, ·et d'ouvrir son cœur il toutes les émotions qui peuvent le i-endre plus humain, plus fraternel . .Cela est d'autant plus urgent qu'il se trouve dans l'obligation de défendre les conquêtes de la Révolution française, - en premier lieu la liberté politique, - menacées plus que jamais par d'irréconciliables adversaires; et, en outre, d'accomplir une œuvre de transformation profonde, qui, en l'affranchis- ·sant des incertitudes et des s0uffrances de sa condition, assurera la paix sociale. Pour mener à bien cette grande œuvre, inspirée avant tout par un besoin de justice, il ne faut pas moins que toutes les lumières de la raison et toutes les puissances du dévouement. J'ai essayé de dire ces choses dans. le dialogue que voici. Je n'y ai point fait parler le poète lui-même. Pour être plus persuasif et pour mêler à ce grave sujet un peu de grâce et de gaîté, j'ai donné 1a parole à la Musc, aimable fiction par laquelle les anciens Grecs, si ingénieux à donner une forme saisissable à toutes les idées, représentaient l'inspiration poétique. L'autre personnage est un homme semblable à la plupart des hommes, c'est-à-dire capable de· bien et de mal, un ouvrier comme il y en a beaucoup, 33
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