La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

• LE RÊVE DE PIERRE DA\'A~T 493 - Croyez-vous, dit-il, que nous avons organise cette fête pour vous empêcher de Yous rendre un compte exact de notre fonctionnement? - Cette injure, que vous ne méritez point, est loin de ma pensée, répondit Pierre dans le bruit de protestation courtoisement amicale de ses élèYes. - Eh bien, alors, tranquillisez-vous, reprit le gérant, rasséréné. Ce n'est pas notre i_nanière de fondre le for ou de préparer les moules dans lesquels nous le coulons qui Yous a fait venir ici. \·ous n'êtes pas des praticiens, des ingénieurs, et c'est pourquoi nous pouvons nous accorder ce jour de chomage et de fête sans que YOS études en souffrent, au contraire. Cc que vous avez à YOir, nos installations, nos agencements et leur mécanisme, peut Yous être montre sous une parure de fête sans en être travesti. Et, en venant ici prendre des impressions et des exemples, n'est-il pas juste que, par votre conversation, par les comparaisons que susciteront en YOtre esprit les choses que nous vous ferons voir et dont vous nous ferez part, nous recevions de votre démarche un profit équivalent à celui que vous en attendez? Pierre dut convenir que le gérant avait pleinement raison. li s'excusa gaiement de son erreur, dont il se promit de profiter pour ses études ultérieures et, naturellement, la visite commença par le cercle, installé en face du palais central, où des rafraichissements attendaient les voyageurs. Au seuil de la grande salle se ten:iient des groupes de citoyens que le gérant présenta à ses invités. Les syndicats de la ville, représentés par leurs délégués, et le corps municipal, élu par la ville et le Familistère. Des compliments de bienvenue, rapides et cordiaux, furent échangés, et des plateaux charges de Yins et de gâteaux ci1:culèrent dans le bruit des conversations et des exclamations joyeuses. - Vous savez, dit le gérant à Pierre, que notre association a été un des plus actifs et des plus puissants agents de la suppression de l'alcoolisme dans cette région. L'histoire sociale vous a appris, comme à nous, que ce vice était fort répandu dans tous les pays où la bière et le cidre étaient les uniques boissons alimentaires accessibles aux habitants par leur prix. Oui, c'est d'ici qu'est parti le mouvement de réaction contre ces petites bières plates, lourdes ou aigres, selon leur âge, qui avaient tant propagé les maladies des voies digestives, que rares étaient ceux qui, au siècle dernier, n'étaient point affligés de dyspepsie ou de gastralgie. La bière est pour nous, à présent, une boisson de luxe, comme le cidre, et nous donnons les plus grands soins à leur préparation. Mais la boisson alimentaire par excellence, ici comme à présent dans tous les pays du nord où l'on ne peut produire de bonne bière en quantité suffisante, c'est le vin qui réchauffe et réjouit sans

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