La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

--190 LA RE\'l.JE SOCIALISTE les grandes entreprises du commerce et des transports, une hiérarchie s'était établie qui donnait toute espérance d'avancement aux sujets intelligents et laborieux et devenait pour tous un précieux stimulant, les ounicrs de la petite industrie et les employés du petit commerce n'étaient excités par aucune espérance à développer les aptitudes qui étaient en eux. Ceux-ci n'eussent donc pu, du jour au lendemain, prendre la direction des entreprises qui leur eussent été confiées. - Ce qui le prouve, interrompit la jeune fille, c'est le nombre relativement restreint de coopératives de production qui existaient a\'ant la révolution. - Vous savez bien, ma chère, lui dit le Japonais, que l'obstacle au développement des coopératives de production venait surtout de l'impossibilité ou se trouYaient les ouYriers de se procurer l'énorme capital nécessaire :'t leur établissement.Un auteur de l'époque a calculé que pour établir les chemins de fer en coopératiYe, chacun desomTiers et employés eût dù faire un apport de cent quarante mille francs. - Je le sais, fils du soleil levant, dit en riant la citoyenne Gauthier. Mais je sais aussi, et Yous le savez comme moi, ·que bon nombre de professions courbées sous le patronat eussent pu s'en émanciper sans bourse délier, et que peu nombreux furent les ouvriers de ces professions qui s'en avisèrent.Presque toutes les industries du bâtiment et des travaux publics se trouvaient dans cc cas, et il fallut, pour les inciter à crcer des coopératives de production, que l'Etat et les communes leur réser\'assent une part fayorisée et leur fissent des conditions spéciales dans les adjudications de travaux. L'obstacle n'était donc pas seulement dans les conditions économiqües ou se trouvait la classe ouvrière, mais aussi dans l'incapacité ou se trouvaient encore un trop grand nombre de ses membres de s'organiser pour le travail en commun et la direction des entreprises. - Néanmoins, observa Pierre, il faut noter l'influence heureuse que les concessions et adjudications de travaux et de fournitures à des syndicats de production eut sur l'éducation administrative des ouvriers qui en profitèrent. Il faut également noter l'influence contagieuse qu'exerce toujours un progrès ou un avantage, même sur ceux qui n'en sont pas directement les agents ou les bénéficiaires. Il faut aussi noter qu'ici, la loi d'imitation n'entre pas seule en jeu, mais aussi la loi de répercussion : c'est ainsi que, vers 1890, certains Etats de l'Amérique du Nord ayant fixé à huit heures la journée de travail dans les entreprises et travaux publics, la journée de huit heures devint rapidement, dans l'industrie privée, l'étalon du salaire quotidien d'abord, puis la durée normale du travail. - Qu'entendez-vous par étalon du salaire quotidien ? demanda un tout jeune homme.

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