La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA NATURALISATIO:s; DES JUIFS ALGÉRIENS 457 « vingt-cinq ou trente Juifs aya1ù assailli sans aucune proYocation, à coups de couteau et à coups de b:iton, les innocents cyclistes oranais », alors que lui-même, à Mostaganem, n'a pu, aprcs trois mois d'efforts, que faire incriminer cinq prévenus à peine âgés de vingt ans et dont trois au moins ne portaient même pas une canne. Et encore est-il trés modéré, cet excellent Tartarin Faure. Dans le journal de M. Morinaud on parle successivement de 100, de 200, de 2,000 Juifs qui avaient assassiné cinq Français. La Yeille des élections municipales c'étaient 10,000 Juifs qui avaient assassiné les susdits Français, dont le sang criait vengeance. Le lendemain, M. Morinaud etait élu. Il va sans dire qu'à Mostaganem, en tenant compte des femmes, des enfants et des vieillards, il y a I ,06 3 Israélites répartis en 184 ménages. Voilà donc, pour reprendre les paroles de M. Rouanet, « ce qu'est cette agression des Juifs contre les Français, ce qu'est l'assassinat de Paul Irr, représentant del'absinthe antijuive et qui prétend représenter la France là-bas». M. GUSTAVE RouANET. - Je passe à l'affaire Cayrol. M. le gouverneur général serait bien embarrassé pour nous dire qui a tué Cayrol... . Voici les faits, ils sont très simples : Depuis trois mois, les Juifs étaient molestés dans les rues et n'osaient pas sortir. Un jour, une foule qui se dit française, mais en réalité composée d'Espagnols et d'Arabes, s'en fut dans la rue de la Lyre. Une bagarre a lieu. Cayrol tombe. A-t-il été frappé par des Juifs, par des Européens? On n'en sait rien. Il est tombé dans la bagarre. C'est là le grand assassinat. Deux jours après ont eu lieu les assassinats d'Alger, et ceux-là, monsieur Drumont, ne furent pas le résultat d'une méprise ou d'une bagarre comme pour Cayrol. Vous savez bien qu'il en fut autrement. On arrête un tramway, et le nommé Shebat, qui s'y trouvait tout seul, est tiré hors de la voiture, lapidé, _mis en morceaux, par cette foule barbare que vos excitations avaient rendue ivre de sang et de fureur. (Vifs applaudisse111wts à l'extrêmegaucheet ti gauche.) Le même jour, le docteur Azoulay, dont la mère avait, la semaine précédente, versé 10,000 francs -aux hospices d'Alger, sans aucune distinction confessionnelle entre Juifs, catholiques ou protestants, le docteur Azoulay était à moitié écharpé. A la même heure, alors que l'on pillait les Juifs, alors que l'on essayait d'assassiner Azoulay, qu'on lapidait Shebat, alors que l'on traînait les femmes jui~respar les cheveux, alors que trois femmes antisémites fessaient sur la place Bresson une petite fille juive de six ans (Vh•es excla111atio11s), on ,voyait un médecin juif, le jeune Jaïs, dont le nom a illustré le martyrologe de la science, qui, penché sur le chevet des malades catholiques, juifs, protestants, libres penseurs, sans aucune distinction de confession, faisait noblement son devoir et contractait les germes du fléau qui devait le foudroyer. (Applaudissements.) Voilà ce qu'on a vu à Alger; voilà les ignominies d'un côté, les actes de dévouement de l'autre. Et on est venu à cette tribune excuser ces atrocités ! Et bn a entendu quelqu'un dire ici, ce qui m'a profondément blessé et humilié: il y a eu 1789, mais il y a aussi 1793.

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