LA REVl,E SOCIALISTE En effet, les antisémites algériens arrivent à calomnier jusqu'aux Arabes: en réalité, ceux-ci laissent aux antijuifs les sentiments odieux qui les animent et ne les partagent nullement. Dans les assemblées délibérantes, ils font preuve de la plus louable discrétion. Et malgré les incitations souterraines du gouverneur on n'a pas pu obtenir que les délégués indigènes, les Beni-Morinaud exceptés, s'unissent aux prétendus Français réclamant contre une partie de leurs concitoyens la revision des droits civiques. Tout en demeurant fidèle à sa morgue fanatique et en dédaignant le Juif autant que le chrétien, tout en désirant remettre le premier sous le joug et jeter le second à la mer, l'Arabe et surtout l'Arabe bien élevé, le chef, entretient avec !'Israélite des rapports de courtoisie et même parfois de véritable amitié. Avec !'Israélite, qui parle sa langue, il s'entretient volontiers: avec lui seul il aime à commercer. li ne se gêne pas sans doute pour le traiter en son absence de pirate et d'usurier et parler de lui comme en France le locataire de son propriétaire et le gendre de sa belle-mère : mais tout cela ne tire pas à conséquence. A la premiere occasion il retournera chez l'Israèlite; il fera même des lieues parfois pour le retrouver. En territoire militaire, ou ils sont très peu nombreux, il s'empressera de les attirer et selon le proverbe connu de tous là-bas : « une ville sans Juifs, c'est une Yillc sans ean ». A qui fera-t-on croire que ces hommes intelligents et soucieux plus que d'autres de leurs intérêts iraient ainsi de gaieté de cœur se livrer à la rapacité de l'infidèle? Pourquoi persisteraient-ils à rechercher comme courtier, comme fournisseur, comme prêteur et parfois même comme instituteur, ce Juif qu'on nous représente comme unanimement détesté, alors qu'il leur serait facile de donner leur clientèle et leur sympathie à !'Européen? C'est qu'en fin de compte ils y trouvent leur avantage. D'abord !'Israélite connaît leurs besoins, leurs goûts et ils trouvent chez lui les . articles qui leur sont nécessaires; voilà pourquoi en« traquant les Juifs sur le terrain commercial » on ne « débarrasse pas le pays d'une vermine qui le ronge », comme le prétendent les naturalisés, mais on favorise l'extension des importations anglaises sous le couvert des Espagnols et des Maltais. Comme le remarquait fort bien la Chambre de ccmmerce de Rouen dès 1864, << les Israelites algérienssont les seuls qui peuvent détourner,au profit de la France, une partie du courant des échangesdont lesA11glaisont laplus largepart ». Chez le marchand Juif, l'Arabe ne trouve pas seulement les articles à sa rnnYenance, il les achète enco),"eà bon marché. N'oublions pas en effet que l'idée du grand parti français se résume chez la plupart de ces idéalistes en un antisémitisme de « boutique » comme s'exprimait un jugf. compétent, M. Régis Milano. Le boycottage a été organisé par un
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