La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

L'EXTRÈ~IE ORIENT 407 révolution de 1868, et surtcut dans les dix derniers exercices: l'initiative du gouvernement, l'exiguïté des salaires, Li légéreté des impôts. Pour mieux démontrer le ràle joué par le second et le troisième facteur, et aussi pour justifier par a,·ance les conclusions que nous formulerons plus loin, les appréciations que nous porterons sur le péril jaune, nous entrerons ici en quelques déYeloppcments. Dans tout ]'Extrême-Orient, de Bombay :i Shangaï et à Osaka, le coût de la main-d'œuvre est encore minime. Il n'est pas aussi faible peut-être que certains l'ont parfois affirmé, et il a évidemment tendu à se relever depuis quatre ou cinq ans, mais il n'en reste pas moins de beaucoup inferieur aux t:iux en vigueur d:ins nos pays d'Europe les moins fayorisés. Si les s:ibires de famine dénoncés jadis par les Brandt et les Henry >Jorman, o fr. 25 et parfois o fr. 10 pour des journces de 13 et 14 heures sont maintenant inconnus, on paie toujours les femmes o fr. 35 dans les filatures de Kragoshima, et dans aµcune profession n'est dépassé le chiffre que signalent les tableaux officiels, plutàt optimistes eux-mêmes, pour les nattiers: 2 fr. 35. Mais ce qu'il importe aYant tout de bien établir, pour préparer aux déductions dernières de cette étude, c'est la croiss:incc très accentuée de la rémunération quotidienne, sur toutes les catégories, à partir de 1886. Les charpentiers touch:iient en moyenne 1 fr. 35 en 1887, 1 fr. 60 en 1892, r fr. 80 en 189:;; les tailleurs de pierre ont p:issé de r fr. 50 \ à r fr. 80 et à 2 fr. 10; les couneurs de 1 fr. 20 à r fr. 50 et 1 fr. 90; les menuisiers de 1 fr. 25 à 1 fr. 50 et r fr. 75; les joui·naliers agricoles de o fr. 8 5 à r fr. 1 o, et les ouni ers des filatures, qui représentent au Japon l'élément prolctarisé par excellence, rcçoiYent ù cette heure r franc par jour :iu lieu de o fr. 85 en 1895 et de o fr. 45 en 1887. S'il n'est pas exact d'avancer, comme certains auteurs, que les salaires ont haussé au Japon de 80 °/o depuis la date initiale que nous adoptons, .il n'y a pas d'exagération à taxer ce relèvement à 40 °/oLes budgets du Nippon et par suite les impàts, dont la quotité était jadis relativèment très mince, se sont, par ailleurs, accrus avec une bien autre célérité. La constatation est d'importance, puisque l'élan industriel du pays ctait, en grande part, imputable à l'absence de charges écrasantes. Les dépenses de l'Empire, exactement balancées par les recettes, étaient en 1889-90 de 410 millions, ressortant à un peu plus de 10 fr. par tête d'habitant; elles ont plus que triplé au cours des huit dernières années, atteignant 1,249 millions en 1897-98. Il serait legitimc, necessaire, en réalité, de revenir sur certains des chapitres de ces états financiers, dont le grossissement s'explique par l'action ineluctable du •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==