La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

400 LA RE\"UE SOCIALISTE Peut-être ces courtes lignes attestent-elles suffisamment l'ampleur du sujet guc nous essaierons d'attaquer, l'importance des idées générales qu'il enferme en lui. Le Japon moderne a été et demeure pour l'historien un objet de stupéfaction. AYcc une vertigineuse célérité, aYec une puissance de volonté dont on ne citerait guère d'autre exemple, cet État jadis enlisé dans la féodalité, s'est ouvert au souffle des idees nom·clles, s'est retaillé en quelque façon sur le patron des États européens, les a suiYis en tous leurs dctails d'organisation. La révolution de 1868 aura marqué dans l'histoire du dix-ncuYicme siécle: car aucun pays ne subit jamais remaniement, refonte si Yiolente, et ne modifia de la sorte, du tout au tout, sa façade et même son anatomie politique. L'Empire du Soleil LeYant, aYec son armée à demi germanisée, avec sa marine dressée à la britannique, ses codes rédigés par des Français, ses instituts où l'influence américaine s'est exercée, apparaît bien comme l'une des créations les plus saisissantes d'une époque cependant fertile en revirements inopinés. Ce gui surprend plus encore gue cette brusque initiation du Japon à la ciYilisation générale, c'est la naissance même de son commerce, qui ne s'est pas accusée au lendemain de la rcvolution de 1868, mais bien après, et qui, somme toute, se rapporte aux dix derniéres années. Ici les conclusions statistiques que nous ayons citces, non sans admiration pour d'autres nations - pour l'Allemagne, pour l'Union d'Amérique, pour la Hollande, vont se trouver largement dépassées. Aussi bien les chiffres du départ étaient très faibles, et l'on conçoit que sur eux les chiffres d'arrivée aient pu présenter d'extraordinaires majorations. En 1889 les échanges globaux du Japon n'excédaient pas 728 millions; en 1890, ils passaient à 733, en 1891 à 75 3, en 1892 à 870, en 1893 à 943, en 1894 à 1,245, en 1895 à 1435, en 1896 à 1,553, en 1897 à 2,052. Si l'on jette un coup d'œil d'ensemble sur cette période, on constate qu'elle a été signalée par de très intenses fluctuations. D'abord. de 1889 à 1891, le total demeure presque immuable; puis de 1892 à 1893, après avoir exécuté un premier saut de prés de 200 millions, il reste de nou,·eau stationnaire; à dater de 1893, il progresse d'exercice en exercice, avec des plus-values qui oscillent de 118 millions au minimum à 500 au maximum; et enfin d'une extrémité à l'autre de la série de neuf annees, il se multiplie presque trois fois, grossissant exactement de 1,325 millions. \'oilà donc un premier et précieux indice d'activité. Mais l'on ne saurait se contenter des statistiques globales, et il convient de

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