La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE gimc de l'État. Ce n'est pas que le régime du contrat soit en toutes conditions un régime d'accord parfaitement libre. S'il l'est en principe, il ne l'est pas toujours dans la réalité du fait. Il y a maint contrat léonin où l'une des parties accepte les clauses parce qu'elle y est forcee ou parce qu'elle est dupe. C'est que la liberté sans le pouvoir de l'exercer efficacement et en pleine connaissance de cause n'est guére qu'un mot. En tous· cas, le régime du contrat suppose en principe la libre acceptation des conditions auxquelles doit se foire une entreprise d'utilité commune, et c'est tout cc que nous Youlons en retenir ici. Or la coopération soci;le et politique n'a cessé, malgré les réactions multiples de l'égoïs1ne, de l'erreur et de la force, de tendre à être l'œuvre de volontés contractantes. Les guerres elles-mêmes ont contribué à reculer les limites du domaine de l'accord pour vivre, soit en subordonnant un peuple à un autre, soit en opérant la fusion de civilisations diverses. La paix romaine, qui d'ailleurs n'est pas, à nos yeux, un ideal désirable, a suivi la soumission des autres États à la domination de la ville éternelle. Sous Caracilla, la réaction des peuples conquis sur la cité conquérante a fini son œune. li n'y a plus dans le monde occidental que des citoyens romains. L'unité de l'orbis romm111s, dit M. Lavisse, à qui nous empruntons ces remarques (Vue gé11éralede l' H isloirede l' E11rope ), a détruit les divisions historiques ou naturelles, fait naitre la conscience de la solidarité des peuples et préparé le régne du genre humain; l'univers connu, à ce moment de l'histoire, semblait ne de\'Oir bientot former qu'une immense ville, et les philosophes avaient dejà pu dire que les hommes étaient tous membres d'une mC:mecité, organes d'un même grand corps, n,e,,1bra corporis111ag11i. L'unité française est aussi le résultat de l'union des Gallo-Romains a,·ec les nouveaux acteurs qui sont intervenus dans le drame humain, les races germaniques. Avec l'âge, les uns et les autres ont peu à peu déposé les armes, abdiqué leurs riYalités et leurs haines, et, sous l'influence de la coutume devenue comme une autre nature ctde la connexion des intérêts, hommes du nord et du midi, Bourguignons et Armagnacs ont concouru à l'élaboration pacifique de la prospérité nationale. A nous en tenir à notre histoire, la Révolution française a été le plus grand effort qu'ait fait société humaine, pour se soustraire, dans l'accomplissement de l'œuvre commune, à l'action de la tutelle et de la contrainte et pour réaliser un régime d'accord fondé sur le droit et la justice. Si ses reYendications n'ont pas abouti à une réalisation effective et si elle a fini par n'être qu'une révolution de classe, c'est que les idées ne suffisent pas à mener le monde; mais en opposant les droits de l'homme aux droits prétendus des souverains et aux privilcges des aristocraties, elle a inauguré l'ére de la liberté individuelle considérée comme l'ouvrière définitive du pacte social. Et cette idée maluré ses ' 0

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