LE Rt\'E DE PIERRE OA\'A~·1· 32 I ce quelqu'un-hi, je suis sùr que je de\'iendrais son ennemi. Je le tuerais ou je lui échapperais, pour retourner à mon poison, à mon bonheur. - On devrait contraindre par la force ceux qui ne savent pas exercer leur volonté, dit Frizet à Lagalinc. Lagaline sursa·uta : - C'est par l'exemple, et non par la contrainte, que doit se faire l'éducation de la liberté, fit-il. - Vous plaidez pour moi, lui répondit Pigcnoix, et pourtant vous plaidez contre. Tous les morts pésent sur moi du poids de leur hérédité: mon pcre, mon grand-pere, mon arriére-grand-pere étaient des ivrognes. Que voulez-vous que je fasse, seul, contre tous ces morts que je porte en moi, si les \'Ï\'ants ne m'aident pas! - Quoi! s'écria Lagaline. \'ous accepteriez qu'on vous contraignit à Yivre autrement. - Certes, je n'irais pas me jeter dans la gueule du loup, répondit le vagabond. Je n'aurais pas assez de raison pour demander de moi-même la guérison de mon mal et ma rentrée dans l'existence normale. Mais j'en aurais assez, si l'on me prenait par la force, pour comprendre et apprécier l'humanité d'une semblable mesure. Les morts me tiennent, mais je voudrais bien, moi aussi, ,•ivre avec les Yivants. li me semble que je suis, avec mes morts, dans un gouffre ù l'orifice duquel les viYants viennent me contempler. Je m'y complais, dans cc gouffre, et je m'y dégoùte. Si on me tendait une corde pour remonter au jour de la vraie vie, je m'en ecarterais. Mais si on desce-ndait et qu'on me ligotât de cette corde afin de me hisser Yers les vivants, on me sauverait peut-être ... Mais nous \'Oici arrives au restaurant. Permettez-moi de vous faire les honneurs de la maison. Dans le vestibule, spacieux, de style sobre, plusieurs personnes causaient en se promenant. En apercevant Pigcnoix et ses compagnons, un Yieillard, d'allure vive et de mine gaie, se détach;i d'un groupe et s'écria : - Ce braYe Pigenoix ! Le voilà donc revenu à Paris! - Mais, oui, citoyen gérant, répondit Pigenoix. Et, vous le voyez, je vous améne des invités. - Qu'ils soient les bienvenus, dit le gérant avec un salut souriant aux compagnons de son client. Il semblait vraiment que cc fonctionnaire fût un restaurateur, et qu'il se n:jouit de voir arriver dans son établissement des gens qui feraient bonne chcre et grosse depense. - L'enseigne de la maison est trop agréable, murmura Frizet. Cela doit donner envie aux malheureux de s'y acagnarder. - Rêveriez-vous donc le retour aux workhouses et aux asiles de nuit du temps jadis! grogna Lagaline. 2!
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