CHRONIQCE TH}iATRALE souvent une femme, même faible et maladive, aura, pour supporter un malheur, plus <l'énergie et de force d':\me gu'un homme vigoureux. 11 est véritable, en effet, que les hommes même très robustes, mème braYes en face d'un danger, et au moins en apparence pleins de volonté, peuvent rester désarmés devant ccrtains coups dLJ sort; parfois au contraire les femmes montrent un caractère et un rcssort que l'on n'attendait pas d'elles. M. Emile Veyrin a mis cette observation ;\. la scene d'une façon tres ingénieuse. Une jeune {ill~.se trouYant sur une plage aYec son pere est noyée accidentellement de la façon la plus imprévue. Le père essaie dt.:cacher k désastre ù sa femme gui est malade depuis longtemps, qui ne quitte point sa chaise longue et qu'une émotion, disent les médecins, t.:mportt.:rait presque fatalement. En effet il commenœ par affecter un air tranquille, il se contient; il ment par devoir, pour épargner sa femme; il puise la force de mentir LLlns ·le sentiment gu'il a de sa supériorite sur un être débile, et sur l'obligation où il est de la protéger. Mais tout d'un coup son énergie l'~bandonnc. Il s'épuise par l'effort qu'il vit.:nt de faire, ·ci:maigre lui, sans ètrc sollicite, entrainé comme par une sorte de vertige, il raconte spontanément le désastre avec tous les details. Puis, au souvenir d'un tel spectacle, il tombe ancanti, sans connaissance. La rnere a tout écouté s,ms dire un mot, sans faiblir. Déscspcrée, mais forte devant l'irréparable, elle subit la terrible éprcuYe et emploie son éccrgic à ranimer et à s0utenir son mari. C'est la femme fn:le qui po%éde la volonté et la vigueur morale. M. Emile Veyrin a traité cc sujet poignant avec une grande puissance d'émotions. Silvain a joue le ràle du père de faç0H supérieure. La Comédie-Française aYait donné cet hiYer une pièce audaciellsc de M. Maurice Donnay, Le Torre11t. Cette œuvre, la plus forte que l'auteur ait écrite, contenait, à propos du mariage, de rudes attagrn:s contre l'hypocrisie bourgeoise et elle disait sur nos mœurs des choses très fortes que les abonnés de la Comédie-Française ne sont pas accoutumés à entendre. li s'y trouYait même, à y regarder de .prcs, dies attaques directes contre la religion. Comme si la Comédie-Française avait éprouvé un remords, elle Yicnt de servir à son public ordinaire une gentille petite sucrerie religieuse, bien faite et tout assaisonnée d'eau bénite : c'est Douceur de Croire, dù à un poete du genre dit agréable, M. Jacques Normand. C'est un gentil petit conte bleu oü l'on enseigne le mensonge et que notre scene subventionnée a eu tort d'enlever au théâtre des couYents de jeunes filles. Sur des tréteaùx d'enfant, entre la messe et vêpres, comme annexe à une leçon ,de catéchisme, rien de mieux. A la Comédie-Française, on doit demandccr• autre chose. • :,: GASTON ST-lEGLER. : : , ' •
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