CHRONIQUE THÉATRALE CHRONIQUE THEATRALE Tu1'.ATRE DU PEUl'LE : La Sape, drame social en trois actes, par M. Georges Leneveu:_'. COMÉDIE-FRANÇAISE : Frèle et Forte, pièce en U!1 acte, de M. Emile Veyrin; Db/ 1ceur de croire, comédie en un acte, en vers, de M. Jacques Normand. La Sape, de M. Georges Leneveu, que le vaillant Théâtre di'! Peuple a représentée avec succès,est un énergique manifeste de révolte contre les injustices sociales. Dans une substantielle préface, l'auteur nomme ck1irement son but : l'affranchissement de l'Humanité .. Le thème choisi par lui a été plusieurs fois traité par ]'écrivain dramatique, mais pas de la façon simple et juste qu'il a choisie: c'est la situation faite par les lois et par les préjugés au bâtard.Cc bâtard, en même temps adultérin, n'a pas de nom dans la pièce; M. Leneveu lui a tnis bien laissé son appellation symbolique, celle qui convient à tous les parias de cette sorte : il le désigne simplement par ce mot : l'étranger. L'étranger, ce terme dit tout; le bâtard, l'enfant adultérin, est en effet, d'après nos lois et nos mœurs, étranger à ce monde. Ce n'est ri.en qu'il soit sans argent, qu'il n'ait point de part àla fortune que peuvent posséder son père ou sa mcre : en rcalité il est sans foyer, il n'a ni père ni mère, il n'appartient à aucune famille. On le classe vaguement sur les registres de l'état civil, en marge. On lui donne un nom de hasard. C'est un intrus. Sa présence, son existence même est une gêne pour les gens réguliers. S'il n'est point déposé aux enfants trouvés, tant . mieux. Du moins son éducation sera clandestine. Il y aura quelque chose de honteux dans les b,.iscrs que 1 ui donnera sa mère, si elle se souvient de lui. Du moins, devenu homme, la société exigera de lui l'impôt et le service militaire. Il n'aura pas eu de droits, mais on 'lui impose des devoirs. Ah! comme M. Leneveu l'a bien nommé l'étrangef!. L'auteur a commencé par présenter un intérieur de famille bour~ gcois et régulier, où l'on sent l'aisance et d'oü semble émaner un parfum de bonheur. Un jeune homme, un peu mélancolique, Fulbert, y vit auprès de sa mère veuve, entre un bon curé de campagne et un brave homme de notaire. Ces gens, bien éloignés de toute méchan• ceté, ont les idées ètroites de leur caste et de leur époque. L'honnête mère est là pour figurer l'idée de famille, l'idée de la famille posée et
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