210 LA REVUE SOCIALISTE proche l'opinion vcritable que professent les .principaux signataires du document, de celle qu'on leur a prêtée, en plaçant leurs signataires au bas de cette piéce : c'est que le Parti Ounier et le Comité central sont constitués de telle façon, que brusquement, du jour au lendemain, sans que rien puisse le faire prévoir,les chefs de ces organisations peuvent rompre la concorde socialiste et engager les hostilités contre d'autres fractions à l'insu de la majeure partie des unités composantes de ces organisations. Le jour où l'on apprit l'entrée de Millerand dans le cabinet Waldeck-Rousseau, des adresses de félicitations lui furent enYoyées par des groupements du Parti Ouvrieret du Parti Blanquiste qui devaient ignorer certainement les résolutions qui se délibéraient et se rédigeaient à Paris : sans quoi ils n'eussent pas pris l'initiative de ces adresses. C'est là, je le répéte, un état de choses grave, qui n'intéresse pas seulement les membres des organisations où les résolutions collectives sont laissées à la merci de quelques-uns, mais le parti socialiste tout entier. Le parti socialiste tout entier est intéressé à ce qu'une scission n'éclate pas, du jour au lendemain, de par la Yolonté arbitraire d'un membre influent d'une organisation, si autorisé que puisse être le membre par le talent de.ployé et les serYices rendus. Il y a là une source, intime, essentielle et permanente de division et de difficultés que l'initiative de l'appe_l à la France ouvriére a mis à jour et qu'il importe de faire disparaître. Depuis 1893, les anciennes rivalités de groupements s'ét~ient éteintes. Cinq ans durant, dans la presse, dans les corps élus, dans les réunions publiques, les socialistes avaient mené le bon combat unis, marchant tous la main dans la main, aYec un ensemble, une vigueur qui faisaient l'admiration de nos adversaires.Que de fois à la Chambre, j'ai entendu ceux-ci envier nos pratiques de solidarité, l'entrain, la cordialité qui régnaient chez nous, l'unité d'efforts qui permettait à chacun de compter sur k concours de tous. Et brusquement, quand cette solidarité est plus nécessaire que jamais, dans les circonstances les plus critiques que nous ayons traversées, Yoilà que soudainement l'accord se rompt, l'union est brisée, on proclame la politique suivie jusqu'à ce jour et qui fut l'œuvre, non pas de quelques-uns, mais de tous, l'œuvre des rédacteurs (je ne parle pas de signataires) du manifeste autant que des autres, une politique de « compromission», de « déviation ii, de « duperie >i ! Nos ennemis nereviennent pas de cette rupture et comptent joyeusement les coups que nous nous portons au cours des explications forcément aigre-douces entre nous échangées. Il y a là une situation sur laquelle on avait peut-être bcnévolement fermé les yeux. Le manifeste aura eu le mérite de la mettre en relief, comme aussi d'indiquer le point faible de notre organisation gcnérale actuelle.
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