LA RE\'CE SOCJALJSTE LE RÊVE DE PIERRE DA"\TANT (S11ilc) \' FESTONS ET ASTRAGALES En conduisant ses i1wités Yers la salle ù manger, Darly, tout à son idée, poursuivit: - Quelle personnalité avaient les hommes du siécle passé, je vous le demande? Une fête, une cérémonie les rassemblaitelle : ils arriYaient uniformément accoutrés de noir et de blanc, tels d'énormes geais, et la forme de leur costume ajoutait :\ la ressemblance. La coupe des cheYeux elle-même suiYait l'ordonn:mce commune; seuls les chau,·es avaient le peu e1wie priYilégc de s'y soustraire. Pour être vêtues et parées plus brillamment, les femmes se distinguaient-elles daYantage les unes des autres? Que non pas. Il y avait non seulement des formes, mais encore des nuances a la mode; l'indépendance, l'excentricité, comme on disait alors en appliquant surtout ce terme à l'originalité du costume, suffisait à faire naître les plus humiliants soupçons. Le croiriez-vous! La révolution du vêtement, l'affranchissement des tyrannies de la mode, a suivi d'une gcnération au moins la révolution économique et l'affranchissement des tyrannies capitalistes. Vous ayez connu, ainsi que moi, des Yieillards qui ont participé à l'agitation dite des casquettes plates. - Oui, fit Pierre. Ce fut une guerre bien amusante. Les casguettiers tinrent des meetings, fondèrent des journaux, pour prouYer l'excellence de leur coiffure. Les femmes s'en mêlcrcnt, des associations de cyclistes prirent parti dans la querelle, des pétitions furent adressées au Parlement. Des distributions gratuites de casquettes acquises par souscription furent faites par des comites à la porte des établissements publics. Des hygiénistes et des artistes, des philosophes et des fous Yinrent compliquer l'affaire. On dut faire des ordonnances de po- •
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