LA REVUE SOCIALISTE A peine avait-on eu connaissance, à Berlin et dans les grands centres socialistes, du discours de \'ollmar, que des protestations indignées se firent entendre, et pendant des mois l'opinion socialiste fut émue. Enfin, devant la représentation suprême du parti, à Erfurt, la question fut discutée, et à la tactique réformiste que préconisait Vollmar fut opposée, Jans son intégrité, la tactique révolutionnaire. « Je dois declarcr, dit Bebel, que si le parti en venait à suivre la tactique de Vollmar erà faire conYerger tous les efforts de sa propagande vers les cinq réformes dont il parle en laissant provisoirement de côté nos propres fins, ces efforts auraient pour résultat, cela est ma conYiction, de conduire nécessairement à la dégénérescence du parti. Cela signifierait un abandon complet de notre but. » « Je suis conYaincu, avait déclare Bebel quelques instants auparavant, que la réalisation de nos fins dernières est si voisine, que peu de camarades sont dans cette salle, qui ne soient appelés à en êtrt les témoins. » « Le caractère révolutionnaire du parti, dit à son tour Liebknecht, doit être soigneusement conserYè. L'adaptation aux circonstances ne doit pas dégcnèrer en compromissions; le parti doit rester en toutes ses actions conscient de son principe et de sa fin, et ne jamais oublier son caractére révolutionnaire, le mettre toujours en lumière. Et c'est ce que Vollmar a oublié. Il a oublié qu'un compromis entre le capitalisme et le socialisme n'est pas possible, et qu'en dehors de nous tous les partis sont placés sur le terrain du capitalisme. » Dans sa réponse, Vollmar dit de Bebel : « Pour croire que dans quelques années nous serons arriYcs au but, que dans quelques années tout sera transformé, il faut avoir non pas seulement l'optimisme que l'on m'attribue, mais celui du croyant ravi, de l'extatique. » Et Bebel dit a son tour, analysant le cas de \'ollmar, jadis révolutionnaire: « Vollmar est depuis des années plus ou moins isolé, deja par le fait de son état corporel, plus encore par suite de sa situation personnelle. Et comme, d'après notre conception matérialiste, pour les classes sociales prises dans leur ensemble les conditions d'existence déterminent ks idées, ainsi il arrive souvent que les conditions d'existence déterminent les idées des individus, même dans notre milieu. Il n'arrive que trop souvent, lorsqu'on est soi-même en une position bien satisfaisante, quc l'on succombe a la tentation de prêter ses propres sentiments a la masse affamée, et de penser : il n'y a pas besoin de nous presser pour tout changer, soyons prudents, et veillons a ce que du moins peu a peu nous arrivions au but. Nous ayons bien le temps. » L'année suivante, au Congrès de Berlin, la question de la tactique se: posait encore, et encore au sujet de \'ollmar, à propos d'une étude de lui sur le Socialisme d'Etat, qui avait été publiee, en France, dans la
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==