MOUVEMENT SOCIAi. 749 Description divinatoire de la féodalité industrielle, de la mobilisation des immeubles, des leçons de choses et jardins d'enfants, des warrants, des sociétés coopératives, des « clubs et trusts », voilà le bilan économique de Fourier. Au point de vue social, ses titres, égaux :1 ceux d'Owen, comme inspirateur du mouvement coopératif, ne font plus doute, et demeurent inébranlablement ét,tblis par la reconnaissance des édificateurs de sa statue. Et, « mutatis mutandis », l'intégralisme associationiste n'est guëre au fond autre chose que ce que de nos jours Benoît Malon a appelé le socialisme intégral. L'association du travail, du capital et du talent n'est pas le dernier stade de l'Humanité, le but final révé par Fourier. Ce n'est qu'un moyen transitoire pour éviter les - violences révolutionnaires. un supdme appel aux bonnes volontés pour s'acheminer progressivement vers un idéal dt- groupes harmoniques et sympathi,1ues où tous les hommes communieraient fraternellement dans le travail et le bonheur. Organiser le travail de manière it donner satisfaction it toutes les légitimes aspirations des hommes, n'est-ce pas lit, en un mot, tout le programme des recherches socialistes ? Fourier a entrevu le grand mystère de l:i production capitaliste ; il a explique et renié la meurtriëre contradiction qui fait que la misère individuelle de la classe ouvrière des producteurs s'aggrave en r.tisou même du perfectionnement des moyens de production et de l'accroissement de la richesse générale. Aussi débarrassez l'intégralismc associationiste de Fourier des hyperboles qui ont vieilli avec le temps, et, dans ses développements théoriques sur l'essor passio'nnel ~t l'harmonisme sériaire, vous trouverez le fruit de vie sociale de plus en plus impérativement exigé par les tristesses et les troubles intellectuels de l'heure présente. Tel des récents critiques ,le Fourier ne voit dans son œuvre qu'un paradoxe individualiste (l'harmonie de Fourier n'est pourtant pas l'harmonie de Bastiat). Tel autre n'y voit qu'une ingénieuse doc1rine communiste menant droit au despotisme. Deux opinions 3ussi diamétralement opposées se détruisent l'une l':tutre. Parce que l'esprit de liberté circule partout chez Fourier, celui-ci rnnclut qu'il est paradoxal de tirer des conclusions libertaires de prémisses socialistes. (Cependant, si le socialisme revendiq uc Fourier comme l'un des siens, c'est précisément parce qu'il a proclamé •1ue son système social c'était l'émancipation et la liberte.) Parce que Fourier a voulu ré.tliser l'harmonie hum3ine et l'affection universelle p,tr une sériation rationnelle des attractions et des passions, celui-lj a conclu j l'oppression ! Nous avouons ne pas comprendre. Comment expliquer deux opinions tellement contraires, sinon par le parti pris de chaque écrivain de ne trouver chez Fourier que ce qu'il av3it préconçu d'y trouver ? - Quoi qu'on dise ou puisse dire, la philosophie du bonheur qu'on enseigne de nos jours dans les écoles n'en est pas moins la philosophie elle-même de Fourier. De m~me que, pour vaincre la nature et lui commander, le plus stir moyen est de ne pas la violenter, mais de l:i suivre, - et par exemple de ne pas vouloir paradoxalement se servir d'un courant d'air ou d'eau dans un sens contraire a ce courant, - de même, pour utiliser les penchants naturels de l'homme, les dévier et les guider, il faut d'abord les suivre. Le bonheur individuel consiste tout uniment dans la hiérarchisation des instincts ou penchants naturels. De même le bonheur social général résultera de la sélection des passions ou affections, c'est-à-dire de la prédominance accordé~ aux passions altruistes sur les passions égoïstes. Précisément parce que Fourier, pour l'expansion de Sl doctrine, faisait avant tout appel à la force persuasive de l'éducation, il est devenu - autre titre d'honneur - l'un des fondateurs de la nouvelle pédagogie qui cherche il fructifier le travail en le rendant attrayant. Et le pédagogue allemand Frœbel n'a fait que prendre :i Fourier, sans le nommer, la méthode d'éducation des enfants par le jeu harmonique de leurs falcultés et les leçons de choses. Si les principes de Fourier ont renové la pédagogie, pourquoi ne rénoveraient-ils pas la sociologie? S'ils sont appliqués a l'école, pourquoi ne seraient-ils pas un jour appliqués dans la société? Est-il défendu d'espérer la disparition des discordances immorales de notre triste régime économique et l'avènement des justices nouvelles promises par le beau réve fouriériste d'Ûne humanité heureuse selon la grande loi d'harmonie universelle?
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