LA REVUE SOCIALISTE m'inquicte : « Travailler ù maintenir, en les conciliant avec le progres des idées et des rnœurs, les traditions de la patrie française. >> Je voudrais que l'on me donnât la liste nominale de ces traditions qu'il s'agit de maintenir, et, comme on parle en outre de les concilier avec le progres des idées et des mœurs et que les accords de cette sorte ne vont pas sans de mutuels sacrifices, je vol!llrais savoir encore si les plus grands sacrifices seront demanMs aux traditions ou bien au progrès des idées et des mœurs ... « La troisiéme phrase répète la première sous une autre forme : « Fortifier l'esprit de solidarité qui doit relier entre elles, à traYers le temps, toutes les gcnérations d'un grand peuple». A travers le temps, c'est un espace indéfini, et toutes les générations, c'est beaucoup de genérations.Je voudrais ne pas remonter ù la Gaule chevelue, ni même à l'arrivée des Francs; plus prés de nous encore, il y a des générations avec lesquelles je ne me sens pas, ni ne veux pas me sentir en rapport de solidarité. « Dans cc programme, si bref, le passé tient à peu prcs toute la place. Par nature d'esprit, je suis porté vers le pauvre avenir. Par profession, je sais la puissance du passé et qu'il se dcfend bien de lui-même et qu'un syndicat d'assistance ne lui est pas nccessaire. « Un peuple doit toujours beaucoup :\ son passé, mais le passé n'est pas tout bienfaisant. Les traditions, aprés tout, sont des habitudes collectiYes et les habitudes, si elles ne suppriment point tout à fait la liberté, la limitent toujours. Quand elles sont bonnes, c'est la liberté de mal faire qu'elles restreignent, mais elles peuYent être détestables. N'appliquons pas aux traditions la théorie du bloc; le culte des ancêtres n'a pas tant n'.:ussi aux Chinois. On nous dit: Voyez l'Angleterre, quel respect des traditions et quelle force ! Mais je ne suis sôr ni que ces traditions ne soient pas fort cbranlces, ni qu'elles expliquent seules la force de l'Angleterre. Puis, je pourrais rcpondrc: Voyez la Pologne, voyez l'Espagne ; la première était, la seconde est fidcle à des traditions, traditions trcs ,·ieilles et trcs glorieuses, disait la Pologne et dit l'Espagne. Le culte des traditions a produit d'autres effets en ces pays qu'en Angleterre ... >> Comme le remarque aussi M. Lavisse, le manifeste de la Ligue de la Patrie française manque ctrangernent de prccision. Les ligueurs déplorent « la plus funeste des agitations >> et ils affirment que cette agitation compromet mortellement les intcrêts vitaux de la France, 11olam111e11t ceux dont le glorieux dcpôt est aux mains de l'armée. « Notam111e11t, dit M. Lavisse,laisse sous-entendre que d'autres intérêts vitaux sont menaces, mais ils ne sont pas nommés. Peut-être, s'ils l'avaient cté, des signatures manqueraient au bas du manifeste; peut-ètre aussi que, sans 11ota111ment, d'autres signatures se seraient. dérobées. Notam-
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