La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

LES « J:-.:TELLECTCELS » DE LA PATRIE FRAKÇAISE 717 qu'elles peuvent. tout exprimer, sans rien signifier de précis. Qui de nous ne se sent solidaire des générations passées, et qui de nous n'a point le respect des traditions qui sont des exemples et des enseignements ? Toutefois nous doutons fort que tel signataire du manifeste 1 dont les ancêtres ser\'irent le roi de France dans l'armcc de Coblentz sous le commandement du duc de Brunswick se sente solidaire au ' ' même titre qu'un fils de « sans-culotte», des générations qui triomphèrent à \'almy ou ;\ Jcmmapes. Quand le peuple arbore, le jour du 14 juillet, un drapeau à sa fenêtre pour célébrer l'anniH.:rsaire de la prise de la Bastille, il insulte à l'aristocrate pour qui la prise de la Bastille a ouYcrt l'ere de la déchéance. li ne saurait donc être de traditions également respectées par tous, et la lutte entre des classes sociales a sa répercussion dans les âges postérieurs. Tout change scion l'individu, par suite il est impossible de demander aux hommes de tourner les yeux Yers un même point du passé en prétendant qu'ils éprouveront, à cc spectacle, un sentiment commun. li en est de même pour les traditions de la patrie française,(< dont le glorieux dépôt est aux mains de l'armée nationale ». Pour nous socialistes, il n'est pas de traditions qui nous imposent' plus de respect que celles des armees de la RéYolution gui s'en furent, à travers l'Europe monarchique, porter la liberté et affranchir les pcuples.Parcontreil n'estpasdc spectaclequi nous soit plus odieux que les campagnes soi-disant glorieuses de Napoleon qui ont couvert l'Europe de sang et gui ont fini par faire tomber la France presque au rang d'une puissance de second ordre. Plus prés de nous, les actes de l'année nationale pendant la Commune de 1871, nous remplissent d'horreur et nous mettent la haine au cœur, non pas certes pour les malheun.:ux soldats ignorants et bornés qui ont tiré sur leurs concitoyens, mais pour les généraux sabreurs et fusilleurs, conscients de leurs actes ceux-là, et pour les dirigeants qui les ont excités aux cris de <( Tirez fort ! \'isez rustc ! » Le cri de (< \ÏYe la Commune! »qui.symbolise, par une tradition vieille de trente ans bientôt, l'affranchissement du prolétariat, est pour nous un cri d'espérance; pour la bourgeoisie dirigeante c'est un cri odieux. Ce qui prouve bien que le respect de la tradition est une chose éminemment subjective. C'est cc qu'a fort clairement exprimé M. Lavisse, dans une lettre parue dans le Temps du 4 janvier dernier; on ne suspectera pas M. Lavisse d'être révolutionnaire et c'est pour~uoi son opinion est bonne à citer. <( Dans le manifeste de la Ligue nouYelle, dit-il, une formule •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==