702 LA REVUE SOCIALISTE sans epaisseur et un coin absolument incompressible afin de continuer leurs inYestigations théoriques, arrêtées par les imperfections des leviers et des coins de la réalité. Mais le coin et le levier des mathématiciens, ainsi que les types de longueur, de rondeur, de dureté, bien que <lcrives d'objets réels, dont les attributs ont été soumis a la distillation intellectuelle, ne correspondent plus a aucun objet réel, mais a des idées formées dans la tête humaine. Parce que les objets de la réalité différent entre eux et du type imaginaire toujours un et identique à lui-même, Platon appelle les objets réels de vaines et mensongéres images et le type idéal, une essence de création divine : dans ce cas, ainsi que dans une foule d'autres, Dieu créateur, c'est l'homme pensant. Les artistes, par un procédé analogue, ont enfanté des chiméres dont les corps, bien que composés d'organes détachés, abstraits de différents animaux, ne correspondent a rien de réel, mais a une fantaisie de l'imagination. La chimére est une i<lée abstraite, aussi abstraite que n'importe quelle idée du Beau, du Bien, du Juste, du Temps, de Cause : mais Platon lui-même n'a pas osé la classer dans le nombre de ses essences divines. L'homme, probablement quand les tribus barbares commencérent à se différencier en classes, s'est sépare du régne animal et s'est élevé au rang d'être surnaturel, dont les destins sont la préoccupation constante des dieux et des corps célestes; plus tard, il isola le cerveau des· autres organes pour en faire le siége de l'âme : la science naturelle raméne l'homme dans la série animale, dont il est le résumé et le couronnement; la philosophie socialiste fera rentrer le cerveau dans la série des organes. Le cerveau a la propriété de penser, comme l'estomac celle de digérer : il ne peut penser qu'a l'aide d'idées qu'il fabrique avec les matériaux que lui fournissent le milieu naturel et le milieu social ou artificiel dans lesquels l'homme évolue. PAUL LAFARGUE.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==