BERNSTEI~ ET LE SOCIALIS~IE ou voient dans le régime de la production unifiée une utopie irréalisable par suite de necessités matérielles; ou trouvent qu'il représente un état social, réalisable sans doute, mais indigne d'hommes qui désirent l'amélioration et le wai progrcs. Or, la critique de Bernstein, Sorel, Croce et compagnie ne fait que reproduire, avec plus ou moins d'atténuations, les critiques rebattues contre la réalisation historique et évolutive, c'est-à-dire conditionnelle et graduelle du socialisme, comme régime unitaire de la production économique. Je doute donc que leur œuvre puisse exercer une influence quelconque sur l'action et sur la pensée de la démocratie sociale. Comme mOU\'ement ayant pour but d'améliorer le corps de theories du socialisme, elle est dénuée de toute importance. Elle n'ajoute rien de nouveau aux vieilles critiques libérales et idéalistes. Le plus souYent il s'agit de répétitions inconscientes. Le socialisme a résisté aux critiques précédentes, il résistera encore à celles-la. Est ce donc le premier exemple d'un mouvement historique -comme le prétendent les col porteurs de la crise - fondé sur une thforie erronée? L'homme est l'animal illogique par excellence; par bonheur il ne marche pas sous l'impulsion des syllogismes. Le christianisme n'a peut-être pas tout à fait réalisé le songe du pauvre prêcheur de Galilée. Mais s'il aYait dù obéir aux séYéres décrets des docteurs en theologie, qui sait s'il n'en serait pas résulté quelque chose de pis encore? Le socialisme répond à un besoin sentimental de notre âme : le besoin d'espérer en un progrès absolu et inconditionnel. Pour beaucoup de gens, il s'est substitué à la foi relig'euse. Pour d'autres, c'est un exutoire au besoin d'action. Pour peu de gens seulement, c'est la conscience réfléchie et critig ue de la possibilité pratique et de la supériorité morale d'un régime déterminé de vie économique. Peut-être le socialisme aura-t-il des résultats pratiques tout autres que nous ne pensons. Peut être réalisera-t-il le bien à travers l'erreur. Le placer, comme le voudraient Sorel et Bernstein, sur le terrain de la société actuelle, c'est le priver de ce nimbe d'illusion et de mystcre qui fait son extraordinaire force passionnelle à notre époque. Heureusement cette prétention est absurde. Le sentiment a toujours vaincu la raison. Ceux qui accusent le socialisme d'être fossile, transforment ou plutàt défigurent les mouvements historiques. Ils en font des étapes successives et réglées de la raison vers la vérité. Or, cette interprétation, oserai-je dire dreyfusiste? de l'histoire est irréelle autant que peu probable. ARTURO LABRIOLA.
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