BALZAC Rl~\'OLUTIONNAIRE 603 écrivains n':yolutionnaires. Balzac va droit au but. Il saisit corps à corps la société moderne; il arrache à tous quelque chose, aux uns l'illusion, aux autres l'espérance, à ceux-ci un cri, à ceux-là un masque; il fouaille le vice, il disséque la passion; il creuse et sonde l'homme~ l'âme le cœur, les entrailles, le cerYeau, l'abîme que chacun a en soi ... (1). Oui, à son inrn, et le fait est d'autant plus remarquable que nous deYons l'inspiration de tous ses romans aux tracas mêmes de sa ,·ie. Ah! Balzac était d'opinions cléricales et royalistes ! Mais comme son génie dépasse ses convictions! C'est que son génie est aux prises aYec la réalité. Balzac vit dans un enter de dettes et de papiers-timbrés. Le prix de chacun de ses livres est à l'avance perdu pour lui. Il sait, pour la trop éprouYer, quelle influence néfaste exerce le pouvoir de l'argent. C'est pour avoir de l'argent que les uns souflrent et que les autres se déshonorent. Balzac ne le \'Oudrait-il pas de par ses dédains aristocratiques, que l'i1wincible pou\'Oir de l'argent s'imposerait sans cesse àsa réflexion. Il y réfléchit, - et cela rejaillit avec éclat sur toute son œuvre. Si l'existence lui a\'ait assuré des millions éternels, peut-être que Balzac s'en serait tenu à des conceptions mystiques comme dans Sérapbita. Mais il n'en a pas été ainsi. Les aspirations politiques et sociales de Balzac ont été en perpétuelle contradiction avec ses soucis quotidiens. Les rholutionnaires ne l'oublient pas, - et si par une ironie quelconque ils remercient un Dieu en qui ils ne croient pas, ils le remercient pour aYoir fait de Balzac un escla,·e de la créance. <, Composer la Comédielmmaine, écrit M. Paul Adam, - qui, en d'autre part, a le grave tort de ne pas se renseigner et de se fier aux erreurs du Temps et des Débats, - dénuder tant de mensonges dans les Ill11sio11pserdues, exposer les tares du capitalisme en créant les figures de Nucingen et dedu Tillet, révéler la corruption financiére et morale d1:s luutes classes, en agitant les sublimes pantins Rubempré, Rastignac, Maxime de Trailles, Lousteau, Marneffe, Hulot, parmi les autres, n'estce point la plus formidable attaque contre le régime bourgeois? ... Balzac a continué le labeur des Encyclopédistes, l'a paré de preuYes sociales, accru de documents innombrables » (2). Je le répète donc, à son insu, l'auteur de la Comédie lm111ai11e a serYi les adYcrsaires de la société contemporaine, les irréconciliables ennemis « de la monarchie constitutionnelle, ... de la famille royale héréditaire ... , de la Chambre des pairs extraordinairement puissante, ... du pouvoir fort», en un mot de tout ce sur quoi il« avait longtemps (1) Discours prononcé sur la tombe de Balzac, le 20 avril 1850. (1) Voir le Journnl, article de M. Paul Adam, dimanche 16 avril 1899.
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