La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

BALZAC RÉVOLUTIONNAIRE 601 Eh bien! par ces derniers on peut facilement s'en convaincre. Jamais société ne fut plus critiquée. Le manteau d'hypocrisie qui la couvre est soulevé. C'est un amas de vices, des décombres de consciences pourries. Lorsqu'on a eu le courage de regarder ces ignominies, cataloguées par le long travail de Balzac, on se dit : « C'est un monde qu'il faut balayer, c'est la société qu'il faut refaire. >> A ce titre, ô Temps, ô Débats, Jaures a raison de dire que l'auteur de la Comédie humaine appartient de droit a notre parti. Examinez. Balzac a les mêmes procédés de critique gue les écrivains ou orateurs révolutionnaires. Il est matérialiste et s'appuie sur les mêmes méthodes scientifiques. « Qu'est-ce que Balzac apercevait dans sa Comédie humaine? écrit Taine. Toutes choses, direz-vous; oui, mais en savant, en physiologiste du monde moral, en docteur « ès-sciences sociales >> comme il s'appelait lui-même; d'ou il arrive gue ses récits sont des théories, que le lecteur, entre deux pages de roman, trouve une leçon de Sorbonne. >> Balzac prend l'abbé Hyacinthe Troubert ou le baron Hulot d'Ervy ou Madame Crevel. C'est a des opérations de savant auxquelles il v:1 se livrer. Aussi pour que tout se grave a jamais dans la mémoire du lecteur, pour que celui-ci en soit en quelque sorte a jamais ébloui, Balzac a d'abord soin gue tous ses personnages soient mis en pleine lumière. Ce sont des êtres qui ne doivent se montrer qu'en relief. Ce relief, afin qu'il grandisse en intérêt sans cesse, ne peut par conséquent renfermer que des caractères-types. Et c'est ainsi que la dépravation se personnifie, en Hulot d'Ervy, l'ignominie en l'ex-madame Marneffe. Le milieu dans lequel vivent ces personnages est ensuite patiemment étudié. Tous les organes sont disséqués. On dirait que la plume se change en scalpel. Ainsi l'action du monde extérieur agissant sur une âme et les agissements de cette âme dans ce même monde, tout est traduit, noté, catalogué. Or, il se trouve que les membres du clergé sont des imbéciles ou des coquins, que ceux de l'aristocratie sont des corrompus et que ceux de la bourgeoisie ne valent pas davantage. C'est le cinématographe des laideurs et des pourritures de la société moderne. Balzac a dû avoir un arrière-dégoût lorsqu'il intitule cela Comédie humaine. En considérant l' œuvre de :Balzac, en y réfléchissant, on songe aux paroles prononcées par deux révolutionnaires, par deux propagandistes pàr le fàit, qui payèrent de leur vie la mise en pratique de leurs théories libertaires.

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