La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

54o LA REVUE SOCIALISTE plesse d'esprit nccessaires pour se plier aux nouvelles habitudes et, s'en faisant un point d'appui, aider à changer le cours des événements. La victoire de la politique prussienne de gentilshommes et <le cabinet, en r866, détruisit complètement ses rêves et ses espérances, et peu de temps aprcs, il se rendit ù Vienne, car ses goûts le portaient vers l'Aller.iagne du Su<l; mais il n'y trouva ni action à exercer, ni le foyer politique qu'il y était venu chercher pour remplacer le foyer perdu de la famille. Sa petite fille, àgée à peine de douze ans, ne pouvait encore diriger le ménage et raviYait, par sa ressemblance remarquable avec sa mcre, et le souvenir de celle-ci, et la douleur de sa perte. Cette ressemblance! La petite, qui d'abord me regarda avec un peu de méfiance et de peur, avait bientàt remarqué, avec la remarquable divination des enfants, que j'étais une vieille connaissance; elle se rapprocha de moi, et ses grands yeux curieux me rcgardcrent. Les yeux de sa mcre ! Sa mère! Elle a été bien honnie, calomnice, diffamée; la réaction l'avait flétrie du nom de Messaline et même anit accolé son nom au mien. Jamais mensonge ne fut plus lâche ni plus vil. Et comme je fus, pour ainsi dire, un témoin classique dcsa vie, je profite de l'occasion pour déclarer, sur ma parole d'homme, qu'aussi loin que mes souvenirs se reportent, - et justement, sur l'époque en question, ils sont aussi vifs que nombreux, - tout ce qui fut <lit sur cette femme ne fut que méchantes calomnies ou accusations sans fondement. Mme Struve était gaie, heureuse de vin-e; c'ctait son droit; elle était courageuse aussi, comm~ bien peu d'hommes, animée de l'esprit de sacrifice, comme bien peu de femmes; elle fut aussi une épouse fidele qui, jamais, d'un mot, encore moins d'une action, n'offensa les lois morales les plus rigides de son sexe. , ous bavardâmes longtemps et nous nous quittâmes cordialement, nous souhaitant de bientôt nous revoir. La petite me tendit sa jolie petite tête et je l'embrassai sur le iront. Pensif, je rentrai chez moi. Struve ne m'a jamais écrit, moi non plus. [l y avait un monde entre nous. Quelques années plus tard, je lus qu'il était mort ... Tout ce qu'il y a de beau et, par bonheur, tout ce qu'il y a de laid aussi, a toujours une fin. Un jour, qui ne fut pas précisément un beau jour, nous nous aperçûmes qu'entre nos finances et la bourgeoise maison de campagne avec vue sur le Mont-Blanc il y avait un abîme- infranchissable ... et nous dûmes prendre en ville un logement moins poétique. Cependant, le plan du fameux Rurnrneltipujf avait mûri dans la tête de mes collègues; on s'était procuré le papier nécessaire, on l'avait noirci, on aYai~même trouvé un imprimeur plein de confiance ( crédit n'est-il pas synonyme de confiance?), avec plus de peine il est vrai que le papier,

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