La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

SOU\'E~IRS D'EXIL EN SUISSE 535 •naux réactionnaires, les mêmes peut-être qui m'ayaient poursu1v1. Tous deux furent fusillés à Fribourg. Jamais cour martiale ne fît tomber plus nobles victimes que ces deux jeunes hommes, dont l'un, né dans les hautes sp'hères de la société, l'autre, dans une simple hutte de paysans; l'un de Berlin, l'autre de la Forêt Noire; tous deux, animés des mêmes idées, s'étaient rencontrés sur le même champ de bataille, et trouvèrent la même mort, devant laquelle tous deux relevèrent fierement la tête, confiants en la Yictoire définitive de la cause pour laquelle ils avaient joyeusement sacrifié leur jeunesse souriante, leur vie riche en espérances. Je n'avais jamais beaucoup fréquenté Neff; sa nature calme et réfléchie, la bravoure froide qui se lisait sur sa figure mâle, dans ses yeux perçants, sur son front large, que justifièrent ses actions mêmes, avaient fait sur moi une impression durable; et un long entretien que j'avais eu avec lui, le maître d'école prolètaire sur les devoirs de classes, me prouva que Neff anit saisi la haute mission du professorat et voyait dans l'éducation du peuple les racines d'un progrcs vraiment democratique. Honneur à sa mémoire! (1). Dortu, le jeune héros si cheYaleresque, est plus connu, et j'ai déji parlé de lui d'une façon plus etendue. Il me suffit de rappeler ici que son père, conseiller supérieur au tribunal de Potsdam, avait reçu la promesse de sa grâce du roi Frédéric-Guillaume IV, avec lequel il était en rapports personnels d'amitié; mais le télcgramme qui commuait la peine de mort en celle d'emprisonnement, arriva a Fribourg vingt-quatre heures aprcs l'exécution du jugement. Jamais ses vieux parents, auxquels les balles du peloton d'exécution avaient brisé le cœur, ne retournèrent à la cour. Morts pour le monde, - le père avait aussitôt quitté sa place, - les deux vieillards vécurent leurs derniers moments avec le seul souvenir de leur fils ... Vers le milieu de juillet nous arriYâmes a Gencve, ou nous rencontrâmes plusieurs amis, entre autres Borkheim, - et Cohnheim dont l'escapade eut lieu quelques jours plus tard. Un temps radieux nous avait accompagnés jusqu'à ce moment, et le soleil nous resta fidèle quelques semaines encore. J'étais recommandé à Albert Galeer, membre du grand conseil, chef du parti radical du canton, fo11dateur de l'Union du Grütli (Griitliverein), et l'un des hommes les plus influents de Suisse. Nous allâmes le Yoir dans sa Yilla où il Yivait en célibataire avec son jeune frère et sa sœur, célibataire elle aussi, personne aimable, instruite et (1) Hans Blum qui, au cinquantième anniversaire de la Révolution de mars en Allemagne, veut nier celle-ci dans une publicat(on à l'oc~asion. de so'.1 c(nquantenaire, se permet de qualifier Neff de « paysan aux. trois quarts 11lettre de Rumhngen •·

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